Ma fille et moi avons un grand jeu. En fait, nous en avons plusieurs, mais l'un d'entre eux consiste à repérer un porteur de Converse et de crier aussitôt Converse ! à l'autre. Le gagnant est celui qui en remarque le plus.
De nos jours, ce sport est particulièrement aisé à pratiquer tant les porteurs de Converse pullulent. Un commentaire sur un site commercial éclaire pareille fascination. « Redevenue à la mode, on voit des Converse portées par de nombreuses personnes. J'ai donc voulu avoir moi aussi une paire de la marque, mais en voulant un modèle un peu original, histoire de ne pas avoir le même pieds que tout le monde... » Voilà le nœud du problème : être à la mode tout en s'en dégageant. En somme, se couler dans le moule en montrant sa personnalité. Ouah !
A ce stade de distorsion, un esprit réellement soucieux d'affirmer son caractère bannirait tout bonnement les Converse. Tout porte donc à croire que, à l'instar de Hello Kitty, ce chat manga qui n'a pas de bouche, chacun peut placer ses sentiments dans cette paire de baskets. Comme le blue-jeans, pantalons décriés avant d'être porté par tous, ces chaussures ont imposé leur souveraineté. Tel Lego ou Kleenex, ce nom commercial est même passé dans le domaine public, ce qui ne contrarie pourtant en rien son esprit prétendument rebelle. Il suit en cela l'exemple d'un courant musical, le rock, jadis révolutionnaire.
Aujourd'hui, un journal particulièrement moisi entretient un concours particulièrement moisi « qu'est-ce qu'être rock aujourd'hui ? ». En analysant la situation sous un angle historique, actuellement être rock (une insulte à (Presque) Fameux) reviendrait à ne cautionner aucun des comportements que ce style est censé induire. Rejeter d'emblée ce rythme qui émouvait les grands-parents, refuser d'écouter la facilité musicale qu'il a engendrée, repousser tous ces biens commerciaux qu'on fourgue sous l'accroche rock. En ce sens, l'écoute de PrésidentChirac aide à franchir le Rubicon.
Le duo propose une musique fraiche, terme qui a lui seul galvaude les neuf dixième de la production du moment. Sans rien inventer, sans ouvrir de nouvelles voix ou annoncer les prémices d'un genre inédit, ces amis des claviers proposent des titres synthétiques fort enthousiasmants, dont l'audition tire de sincères sourires. Le mieux restant l'ennemi du bien, s'envoyer l'album d'une traite peut provoquer un étourdissement semblable à un déluge de coups. Pour autant, revenir régulièrement se ressourcer à cette source de jouvence est une recommandation d'actualité. (Presque) simple et funky, cette musique balaie toutes les inepties ayant malheureusement franchi les pavillons auriculaires pour repartir les tympans ressourcés. Dans ce monde de codes et de paresse, mine de rien, une prouesse. Dès lors, notre duo peut bien porter des Converse, il apporte une telle bouffée d'oxygène en cet univers moribond qu'on lui en tiendrait (presque) pas rigueur (c'est clair, St Rochnous a rendu charitable).
Imaginons un autodafé où bruleraient t-shirt Che, jeans Levis, veste Adidas et Converse. Quelle en serait la bande-son ? Et qui profiterait de pareille libération du terrain pour aussitôt l'occuper ? Voilà le genre de questions que l'on se pose, chez (Presque) Fameux, en achetant des Converse à nos enfants. On se souviendra que la dernière crémation d'importance a eu lieu en 1979, au Comiskey Park de Chicago. Scandant le mot d'ordre, Disco Sucks dans un stade de base-ball empli d'ulcérés détracteurs, des milliers d'album disco sont volatilisés dans une formidable explosion, suivi d'un lynchage de vinyle puis d'une émeute en règle. Cet évènement marquera la fin de l'ère du disco. Pathétique, mais libérateur.





