Tient, voilà que je reçois des notices techniques maintenant.
« Cher Cliente, Cher client,
Nous vous remercions de la confiance que vous portez à X. Comme l'ensemble de notre gamme, notre logiciel TJJR a
fait l'objet d'une attention tout particulière, dans sa conception comme dans sa fabrication. Seul votre plaisir d'écoute nous guide.
Le logiciel TJJR vous permet de configurer le son à votre guise, vous laissant libre de choisir le grain, le
souffle, les craquements et autres aspérités.
Très convivial, il vous permet par quelques simples manipulations d'adopter les degrés de souillures qui
conviennent le mieux à votre enregistrement.
Avec le logiciel TJJR, vous pouvez enregistrer dans un studio numérique dernier cri et faire sonner votre disque
comme s'il datait de 1956.
Les mélomanes retrouveront dans ce programme l'injustesse des timbres, une musicalité absolument non homogène,
l'opacité et la confusion, et surtout l'infidélité sonore qui font la réputation de X depuis 1986.
Mais au delà de la déformation de la "VÉRITÉ MUSICALE" il y a L'ÉMOTION.
Ainsi, comme tous les produits conçus et fabriqués par X, le logiciel TJJR permet de vivre une véritable émotion
musicale. UNE ÉMOTION VRAIE.
Nous vous souhaitons donc la bienvenue dans le cercle des véritables connaisseurs qui partagent notre passion pour
des logiciels sans compromis. »
Mince alors. Le livret et le CD d'installation qui l'accompagne sont assortis, à titre d'exemple, d'un disque, The
Jim Jones Revue. A en croire le dossier de presse, ce groupe anglais aurait enregistré son disque dans un studio high tech (Enregistrement multipiste numérique DTD, RME Digiface 54 IN/OUT
séparée...), l'aurait mixé dans les mêmes conditions (console analogique AMR 1600, 64 pistes au mixage avec automation...) puis fait masteriser chez un ponte de la profession. L'opus aurait
ensuite été traité via le logiciel TJJR. « Ecoutez la DIFFERENCE » conclue l'argumentaire.
La différence saute effectivement aux oreilles. Comme dans un épisode de Scoubidou, difficile de croire que ce
quatuor ait enregistré ailleurs que dans un studio fantôme tenu par des techniciens zombifiés. Avec leur son craquelé, on ne replonge pas jusqu'aux racines de la musique moderne, on outrepasse la
couche fertile pour en arriver au manteau de la croute terrestre. On tape sur le ferme, le noyau dur, la frange hardcore du rock'n'roll, dans son acceptation la plus absolue du terme, le tout
dans un dépouillement, un abandon et une rage quasi absolus. Et ça marche !
Pas de doute, le logiciel TJJR fonctionne à merveille. Fichtre, quel apport ! Ecouter le même disque dénué de
toute callosité reviendrait à se frapper la production actuelle - son béton, pas d'idée. Le nivelage par la haute technologie. Le piège. The Jim Jones Revue dénote par son approche. Le logiciel
est si performant qu'il semble convertir des compositions en reprises, juste pour donner plus d'assise au disque. C'est ainsi que sont intégrés Hey Hey Hey Hey (1964) de Penniman, soit
Little Richard, et The meat man de Vickery, popularisé par Jerry Lee Lewis en 1974, histoire d'enfoncer le clou du classe, du select et du vintage. Bref, voilà un logiciel hautement
intéressant, dont je te recommande l'investissement, toi le compositeur qui cherche à injecter un peu de couleurs dans tes compositions tartes, vous les jeune à mèches qui tâtonnez dans les
limbes créatives depuis quelques saisons, et toi aussi le duo électro qui fantasme sur le craquement du vinyle, que tu samples à défaut d'innovations.
Après lecture de cet article, el pendu, chef (presque) respecté, déclare de ce pas contacter l'entreprise X, afin
qu'elle créée un logiciel qui améliore les papiers des rédacteurs. A l'entendre, il y a vraiment du fric à se faire...