Ecoute!

Découvre la bande son (presque) intemporelle de (Presque) Fameux!
Des Beatles à Napalm Death, de Nirvana à Dutronc, viva el best-of évolutif en lecture aléatoire live!

Pump up le volume!





Au fait, (Presque) Fameux décline son concept sur le (presque) Myspace
Mardi 3 février 2009

Pour écouter, c'est 

Un des reproches les plus couramment formulés à mon encontre est que si je parle bien de musique, j'use surtout de ce blog pour exposer ma personne, mon être, je. J'ai beau signaler au public que le personnage qui s'exprime ne le fait que parce qu'il est (presque) (bien) payé pour le faire, peu me croient. C'est du moins ce que prouve l'étude commandée au sujet des rédacteurs de (Presque) Fameux.

Ouvrons la rubrique Ndaref, comme el pendu - bienaimé chef - n'a pas manqué de le faire. A voix haute dans notre open space, il a commenté les résultats me concernant, du moins une synthèse. 569 personnes y ont répondu (merci maman, neveux, oncle Ramone !)

 

Trouvez-vous (Presque) Fameux intéressant ?
Non (87%)

Quels sont les principaux reproches que vous adresseriez à (Presque) Fameux ?
Prétentieux (49% des réponses), superflu (45%), bavard (38%), inutile (29%), incommodant (14%), sort trop peu (1%)

Comment définiriez-vous (Presque) Fameux ?
Une perte de temps (41%), occupe inutilement l'espace du web (29%), hautain (28%), références obscures (20%), me fait découvrir de nouveaux groupes (11%), mon modèle (0,2%)

Que pensez-vous de Ndaref ?
Une raclure sexiste (50%), une raclure (32%), un pédant (21%), un sacré bon journaliste (5%), un membre de notre famille (0,002%)

 

Et el pendu de me remettre la pression. Tu bosses, t'es pas seul dans ton monde, parle aux gens de choses qui les intéressent... sinon t'es viré.

 

OK, laisse donc choir les punks atteints de la grippe à bière et autres bluesmen irlandais des neiges. Parlons groove. Nublu est un label new yorkais aussi hype que coté. Précisons que cette réputation n'est pas usurpé: Nublu sort des disques rares ! Cette improbable appétence au hors-norme est... 
Comment fait-on pour parler d'un disque à tendance arty sans passer pour un couillon ? Ai-je envie de répéter les mêmes choses que mes (presque) confrères en usant de superlatifs en vogue et de répétitions excédantes ? Racontons plutôt comment les choses se sont réellement passées.

 

 

J'ai reçu Nublu Sound voilà un bail. Nublu, jusqu'alors, ne m'avait guère convaincu, aussi le disque a pris la poussière. Au bout d'un temps, je ne pouvais plus reculer, il me fallait l'écouter. Mince, un peu de courage, passe-le. J'ai ôté une tuerie du lecteur (Hard-Ons - Very exciting) et j'ai glissé l'opus. J'ai commencé à jouer à Fifa 06.



Et là, la détestation attendue a laissé place à quelque chose de tout à fait fascinant. Nublu Sound est varié et, loin d'être pédant et prétentieux (comme d'immondes lecteurs pensent que je le suis), s'avère au contraire accessible, chaleureux et intéressant. Les styles varient d'un titre à l'autre (jazz, groove, brazilia, électro, pop, dance) et le disque distille même quelques perles assez fameuses. Kudu (?) chante ainsi Boom Boom. Guidé par des voix féminines, ce hit grandiose reprend quasiment la structure d'un standard punk. Le reste, sans être aussi évident, est d'assez bonne facture pour avoir tourné à mon domicile bien après que j'y fus obligé. Et ça, c'est un signe. OK, vous trouverez là-dedans diverses tartuffades que des DJ cocaïnés passeront en soirées en vous répétant que ce son tu vois, c'est du pur New York styleee, mais le quota de chaleur et de créativité triomphe allégrement de celui de l'ennui. En somme, loin des poses et des seules déclarations, cette compilation se tient.

 

 

Ndaref ?
Prêtez-lui vite des rames ou envoyez-lui des branches ; il est pathétique en habits grand public.


et pendant ce temps, chez les santons...

 

 


 

Par Ndaref - Communauté : Musiques
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Lundi 26 janvier 2009

 

 

C’était il y a quelques années. J’avais terminé une soirée tord-boyau en compagnie de mon rédacteur en chef – el pendu – ainsi que divers amis de sa connaissance. Traîner avec el pendu en pleine nuit renseigne assez bien sur mon état du moment. Nous avions atterri, par je ne sais suite à quel rebondissement, dans un club huppé de la métropole. A l’intérieur, ne restait plus que les employés. La plupart balayaient, mais le barman conversait avec son amie au comptoir. Usant de ses relations et de son charisme de porte-avion, el pendu l’avait obligé à nous servir.

 

C’est ainsi que, vaquant verre en main dans cette salle enfumée, je repérais le groupe. Il s’agissait de jeunes gens fort à la mode qui, quelques heures auparavant, venaient de donner un spectacle dans ce club même. Vu qu’on tentait absurdement de les vendre, on leur avait collé une étiquette absurde – baby rockers. Un magasine âpre au gain les poussait d’ailleurs à l’extrême, consacrant une et articles de fond à cette (presque) vague. Il les tenait pour le futur de rock’n’roll français, précision géographique qui trahissait l’intérêt relatif du concept.

 

Toujours est-il que les garçons étaient là. Repliés sur eux-mêmes, épuisés, ils portaient des lunettes noires et sirotaient leur vodka. el pendu, dès qu’il les eu remarqué, les apostropha. Il se moqua d’eux et leur jeta des glaçons, mais finis par leur promettre une longue chronique de leur premier disque plus un interview. Il déclara que je m’en chargerait puis partit tituber ailleurs. J’observais les garçons, qui n’avaient pas ouvert la bouche. Ils n’en revenaient visiblement pas des pitres qu’ils croisaient désormais.

 

Bien sûr, je ne réalisais ni article, ni interview. Je n’écoutais même pas leur musique. A mon sens, la seule étude de leur look renseignait sur leurs sources d’inspiration. Les jeunes groupes sont souvent les pires des conformistes.

 

C’est à peu près l’a priori que je cultivais à la découverte de Face-B, que je trouvais un matin dans le bac des nouveautés m’étant réservées (merci). La pochette était hideuse, le nom tout sauf original, l’intitulé de l’album passéiste. Le groupe de pré pubères dans toute sa splendeur, mais pas un de ceux dont le magasine chéri des baby rockers aller parler. Trop plouc, pas assez glamour, sûrement aucun belle gueule dans le lot. Toulousain pour couronner le tout. En dépit de mon aversion primale, je glissais la rondelle dans le lecteur.

 

Plusieurs constats se sont imposés au fur et à mesure de l’écoute. Face-B n’est pas l’incarnation artistique de la belle ornant la jaquette. Il s’agit d’un trio de garçons. Face-B est nettement plus mature qu’envisagé, et sans doute pas si jeune que ça. Bien que se calant dans un moule défini par l’axe Luke – Deportivo, leur musique dégage une étonnante personnalité. Face-B signe une pop rock enlevée plutôt naturaliste. Ici pas de punk rock mélodique convenu, mais des chansons bien écrites, voire très bien écrites, empruntant aussi bien à l’angélisme yéyé qu’au guitares râpeuses pré post grunge, le tout joué sur un tempo appuyé. Face-B signe un album plein de (presque) hits. En ce sens, Fille moderne est d’une merveilleuse évidence. Chant outré à la Didier Wampas – King Ju, construction façon Ramones et dissonances Pixies, l’assemblage est parfait. Conclusion : Face-B est un groupe à prendre en considération et Des faux semblants une des choses les plus vivaces et épidermiques dernièrement écoutées.


 

Et les baby rocker dans tout ça ? Bein on n’en parle plus guère, non ?

Pour écouter le trio louangé, un seul recours, actuellement:
link 

mais en bonus, sans rapport, et juste pour toi:
 
et puis ça
 

 

Par Ndaref
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Lundi 19 janvier 2009


 

 

Ce matin là, il neige. J’observe un long moment les flocons tomber dans ma rue sale, puis décroche mon téléphone et appelle la rédaction. Peux pas venir, bloqué, ne comptez pas sur moi, aujourd’hui. Les perturbations, ça a parfois du bon.

 

Je me recouche. Vers 13h, lorsque j’émerge, une épaisse couche de neige recouvre le macadam pollué de la rue. Je n’ai pas faim, plutôt froid. Je suis seul. Peut-être aurais-je dû accepter de jouer le jeu et m’évertuer à la retenir. Je ne comprends pas comment les autres font. Sans doute sont-ils portés par le sentiment amoureux, à moins qu’ils obéissent à un strict mécanisme physique. L’amour m’a pour ma part tellement fait souffrir que je l’ai éradiqué de mon esprit. Je n’éprouve aucune nostalgie ni sentiment d’abandon. Les choses sont ainsi et c’est parfait, presque parfait.

 

Je ne fais rien de précis pendant trois bonnes heures. Je suis couché et j’observe tomber la neige. La circulation s’atténue peu à peu, les bruits sont étouffés, une ambiance cotonneuse emprisonne la ville. Je m’habille et sors en direction du bureau de tabac du coin. Les braillards qui zonent là d’ordinaire parlent évidemment du temps en avalant des demis de bière. Je me pose au comptoir et déguste mon café en les écoutant. Aujourd’hui, on peut fumer à l’intérieur. Des cristaux glacés tombent sur la ville et tout est modifié.

 

Je rentre à la maison. J’ai du temps devant moi mais aucune idée sur la façon de l’utiliser. Me coller à mon roman serait une chouette entreprise. Hélas, la routine m’impose de ne commencer à écrire qu’à partir de 19h, et il est un peu tôt. Surfer sur le net me rebute. Jouer à la console ne me dit rien. Alors, je vais à l’endroit où j’entasse les disques que je dois écouter. J’en prends un au hasard. Sa pochette, superbe, n’évoque aucun style particulier. A peine en déduit-on que ceci n’est pas un opus de brit pop ou de r’n’b. Le nom fait penser à celui d’un navigateur portugais. Je glisse A fire to scare the sun dans le lecteur et me pose sur une chaise, face à la fenêtre.

 

La voix de De Barra m’emporte aussitôt, à l’image des langues de vent balayant les cristaux. Comme ces courants d’air glacés, ce timbre peut monter très haut et tutoyer le ciel. Pris dans ses poignantes turbulences, je ne suis plus qu’une particule de glace, une simple molécule bousculée par la tempête. J’ai beau me savoir en terrain connu – De Barra évoquant plus que sûrement Jeff Buckley, parfois Springsteen – je n’en reste pas moins égaré. De Barra se place à nu, s’accompagnant seulement d’une guitare, parfois de cordes. Dépouillée, ses compositions sont d’une fabuleuse puissance, certaines évoquant rien de moins que cette merveille de Build a home, pièce maîtresse de Ma fleur, du Cinematic Orchestra.

 

La nuit commence à tomber, les réverbères s’allument, et une étrange couleur orangée imprègne désormais la rue. A fire to scare the sun recommence une énième fois, et je suis ailleurs. La neige est tombée, s’est accumulée et même s’il chante dans ma maison, l’humanité parait avoir disparu. Cet opus triste, sombre mais intense, furieusement gorgé de sentiments, est la bande son idéale de cette journée isolée. En compulsant le dossier de presse, j’apprends que Declan de Barra est irlandais, pas portugais, et que A fire to scare the sun est son second album. Je me sens soulagé de l’avoir écouté, comme s’il avait capturé toutes les mauvaises ondes qui m’accablaient.

 

C’est l’heure où normalement je rentre du boulot et écris. Pas envie. Je saisis mon portable. Hey, babe, ça fait un bail, pas vrai ?


Par Ndaref
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Mardi 13 janvier 2009

ENR041 - OPIUM DU PEUPLE "Sex, Drugs & Variete" 

En 2007, la maladie de la grippe à bière a atteint une sorte d’apogée, peu ou prou matérialisée par cet album. Les conséquences de sa publication ont marqué l’acmé d’un mouvement qui, comme les puces infestant le rat, retournent dans leur refuge originel au sortir de l’épidémie de peste. Si nul ne sait quand elle se manifestera de nouveau, du moins hors de son sanctuaire de la Star Academy, la contagion menace cependant toujours. Nous devons nous en prémunir. Et parce qu’on combat toujours mieux un adversaire qu’on connaît, voici un point des données les plus avancées sur ce phénomène.

 

Qu’est-ce que la grippe à bière ?

Contrairement à son homologue touchant nos amis volatiles, la grippe à bière est une maladie humaine, principalement occidentale. Elle conduit des individus contaminés, hommes ou femmes à la base sains d’esprits, (enfin pas tous, pas vrai les 3LG?) à reprendre les chansons de leur jeunesse sur un mode délibérément non orthodoxe. Elle tire son nom des manifestations éthyliques dont elles se rapprochent, en apparence.

 


Comment évolue la grippe à bière ?

Ses modèles prennent diverses formes avec le temps. Ainsi, à l’époque des yéyé, de jeunes chanteurs singeaient les stars anglo-saxonnes en bramant des paroles souvent traduites littéralement. Ce mouvement fait long feu, chaque décennie apportant son lot d’interprètes copistes. Nul mouvement musical n’y échappe et la plupart des continents sont touchés.

 

Y a-t-il des moyens de se prémunir de la grippe à bière ?

Oui, en refusant de céder au charme de vieilles scies remises au goût du jour ou de trouver intéressant n’importe quel travail réalisé sur des standards updatés. Il n’est cependant pas facile de s’opposer à la folie populaire. Virus malin, la grippe à bière connaît les fonctionnements ataviques de l’être humain et son appétence à la nostalgie.

 

Etude aux marges - un cas pratique

Si le commun des mortels cède au charme vénéneux de la grippe à bière, les fractions hardcore ne sont pas épargnées. Ainsi, venu des provinces à peine civilisée du grand Sud, le cas de l’Opium du Peuple éclaire sur l’aspect vicieux du virus. La maladie a d’abord poussé des membres de Condkoï, Dirty Fonzy et Skunk à unir leur effort. Elle a ensuite exigé d’eux un travail peu ou prou semblable à celui opéré en terres yankees avec Me First and the Gimme Gimmes. Ici, pas de pop ukulélé « c’est super, tu vois » à la Nouvelle Vague, ni de grivoiserie avinée de quelques Garçons Bouchers, juste une accélération notable des standards. Cette variante, dépourvue de finesse mais certainement pas d’humour, avance droit au but. La structure des morceaux est conservée, leurs paroles respectées et, exception faite de guitares rugissantes, tempi appuyés et voix brayées, il est difficile de résister à ces tonitruants fakes. Reconnaissant ces titres ayant bercé son enfance, le grand public cède, séduction emportant aussi bien les grands-mères que les petits enfants. Tous, touchés en leurs chairs, se mettent à leur tour à chantonner les œuvres originellement popularisées par Jean-Jacques Goldman, Rita Mitsouko, Renaud, Vassiliu, Louis Chedid, Coluche, Brel, Pierre Perret, Bourvil et autre Voulzy (étonnant Punkrockollection).

Heureusement, le pedigree même de ses instigateurs a permis de limiter naturellement l’expansion de ce qui aurait pu devenir pandémie. De ces sombres années, ne reste aujourd’hui qu’un disque entraînant une forte dépendance - adorable, entraînant, plein de promesses de joie et d’amusement. L’opium du peuple dans sa plus menaçante forme, en quelque sorte…

 
Par Ndaref - Publié dans : Dans la cage - Communauté : Musiques
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Lundi 5 janvier 2009

 



Je trouve un jour dans ma livraison journalière de disques cet objet désuet. Tient, le fils de Jean Nippon, pigiste à l’essai depuis six saisons, a enfin enregistré sa démo. Je contemple cette pochette éprouvante, sorte de Unknown pleasures de Joy Division passé à la machine à laver. Déjà vu. Autant torpiller ça au plus vite, me dis-je en sortant la rondelle. Niveau présentation, cette chose renvoie une paire de décennie en arrière. CD gravé, pochette papier, sticker collé, bienvenue en 1990. Si on ajoute ce nom de combo daté, évoquant les froides heures de The Cure, on se dit que The December Sound est un groupe amateur qui a toutes les chances de le rester. Tel qu’envisagé, le son confirme cette impression: la formation a visiblement enregistré dans une cave, inspiré par des dizaines de combos pop – bruitistes ayant égaillé ses jeunes années. Le mastering semble pour sa part avoir été effectué par un sourd ou un malveillant, voire par un sourd malveillant, vu qu’il faut monter très haut le niveau sonore pour capter quelque chose à cette mélasse medium. Résultat des courses, lorsque je diffuserais ensuite le dernier album d’EPMD, je m’excuserais en coupant le son des enceintes, laissées au niveau de The December Sound. Dans l’open space de (Presque) Fameux, le délire est toléré si savamment encadré (voire décrété).

 

Toutefois, en dépit de cette présentation calamiteuse, cet album me procure d’excellents moments. Je le trouve même sacrément inspiré pour une œuvre enregistrée par des gamins. Je confie ceci à Jean Nippon, pigiste à l’essai depuis six saisons, qui tique. Son fils a arrêté la musique depuis plus d’un an, l’imbécile suivant à présent des études de journalisme. Ah… A force de tourner la pochette de The Silver Album entre les mains, je finis par remarquer, qui l’aurait cru, le nom d’un label, 8MM. Je téléphone aussitôt au distributeur. The December Sound ? Génial ! me déclare aussitôt mon interlocutrice. T’as vu la presse qu’ils ont ? Et de me résumer le dossier de presse que je n’ai jamais obtenu – groupe culte de Boston, quatuor mené par Zack Sarzana, proche d’Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre), guitares saturées et effets psychédéliques, article enjoué du NME les comparant à Kevin Shields (My Bloody Valentine), William Reid (Jesus & Mary Chain) et Ron Asheton (the Stooges) ». Mince alors…

 

Sur ce, je vais trouver mon rédacteur en chef, el pendu, auquel j’expose avoir dégoté le futur groupe culte. Il soupire. Tu te crois au NME ? De qui tu parles, d’abord ? The December Sound. Laisse tomber. T’as reçu le dernier EPMD ?

 

Bref, pas moyen de causer de The December Sound. Je suis aveuglément les consignes de el pendu, ayant compris la crise économique comme un moyen d’encore accroître sa pression sur nous, et laisse choir cet album pour me consacrer à des noms plus vendeurs. Reste que si je me plie aux ordres (je suis veule, si veule) je continue d’écouter l’objet. L’opus a beau avoir été saisi dans des catacombes par des amateurs de dark shoegaze power pop, il dégage une telle intensité avec son post punk electro transe évoquant le meilleur de Steeple Remove ou de Loop qu’il rend caduc tous les cliniciens du son. Alors, connu ou non, je l’écoute et dis du bien de lui, pas trop fort quand même.

Par Ndaref
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Dimanche 28 décembre 2008

 

Décembre venu, il est de bon ton de livrer le classement des albums ayant marqué l'année. Généralement, la chose se présente sous la forme d'un format Exel que la direction diffuse à l'intention de ses employés. Ces derniers ont dans l'obligation de remplir rapidement les cases sous peine de sanctions, une autre feuille Exel listant ceux qui s'y soustraient.

La majorité de mes collègues repoussent cette corvée, ne s'y employant qu'en toute urgence, au moment du départ en vacances. Plutôt que se casser la tête, ils notent alors les artistes qui ont sorti leur œuvre peu de temps auparavant, à la va comme je te pousse.

Je procède différemment. Tenir ce blog, même sous la férule, permet d'avoir une vision (presque) synthétique des disques chroniqués. C'est donc en toute connaissance de cause que mon classement s'établit comme suit:

 

Albums 2008

1. The Deathset - Worldwide

La classe à l'état brut, hit sur hit, chapeau bas.

2. South Central – The owl of minerva

Mort au minimalisme! Big beat forever!

3. Die ! Die ! Die ! – Promises promises

Sombre et lumineux. Passage en boucle obligé…

4. Kid Acne – Romance ain’t dead

Hip hop à l'ancienne, classe intemporelle!

5. Dysfunctional By Choice – Travelling in travel

Metal, transgenre, intelligent, onirique. Pas moins!

 

OSPI (Objet Sonore Presque Identifié) 2008

The Faint – Fasciination

Des gens étranges, coincés entre dark et dance. (Presque) fameux!

 

Barbus 2008

Black Diamond Heavies – A touch of someone else's class

Et s'ils ne le sont pas (tous), c'est qu'ils se sont rasés.

 

Musique pour enfants 2008

Matt & Kim - Matt & Kim

Quoique pareille beauté de batteuse ne touche pas que les kids…

 

Musique pour animaux 2008

Les Singes Savants – J'achète

Ouais, bon, c'est facile…

 

Musique pour pleurer parce qu'elle est partie 2008

Absentee- Victory Shorts

Assez fabuleux dans le genre, quoique revigorant, par beau temps

 

Musique pour pleurer parce qu'il est parti 2008

Wildbirds&Peacedrums – Heartcore

Toutes les larmes de ton corps, toutes les larmes de ton corps…

 

Musique du vingtenaire 2008

Bloc Party – Intimacy

Quoique le vingtenaire s'en moque. Un truc de vieux branché, ouais! Parfait pour secouer.

 

Musique du trentenaire 2008

Bodies Of Water - A certain Feeling

Tu parles, les trentenaires écoutent des trucs de jeunes! Classe quand même, papa.

 

Musique du quadragénaire 2008

The Ting Tings – We started nothing

Carton de l'année. On arrête avec l'âge?

 

Musique qui bourre le compte en banque

MGMT - Oracular spectacular

Devrait être dans le TOP 5 de (Presque) Fameux, mais il l'est tellement ailleurs…

 

Musique qui ruine

The Cute Lepers – Can't stand modern music

Qui?

 

Musique pour rouler en voiture sous la pluie (et sans permis)

Women - Women

Aussi tordu et imprévisible qu'une route corse.

 

Disque de 1978:

Stiff Little Fingers – Inflammable Material

30 ans plus tard, ce truc sonne neuf. Pourra-t-on en dire autant de ces descendants?
Par Ndaref
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Lundi 22 décembre 2008


 


Découvrez Mini Moustache!

Le week-end, personne n’a envie de fréquenter ses collègues ni même d’écouter de la musique allemande. La première assertion tombe sous le sens, tant elle donnerait l’impression d’avoir une vie si vide de sens qu’elle ne pourrait être comblée qu’à coups d’heures supplémentaires. La seconde est une évidence qui devrait en soi se passer d’exemple, si le rédacteur n’appointait au (presque) premier blogzine musical au monde. Ceci dit, qui a envie de se fader un Kraftwerk lorsqu’il est avec sa chérie, supporter la bourrinade lance-flammes de Rammstein ou écouter les nouveaux Scorpions poppy de Tokyo Hotel ? Pas moi (bien que j’ai fort apprécié les teutons de Die Mimi’s).

Et pourtant, je l’ai fait.


Jean Polonais, collègue appointant à la section Droit et Questions fiduciaires de la boîte, fête son anniversaire dans sa maison de campagne. Je traîne des pieds pour y aller, mais m’en sens obligé, ne serait-ce que pour rentabiliser ma contribution au cadeau collectif (des chenets de cheminée chromés – n’importe quoi). Quoique nulle fiancée ne déplore mon absence, je me joins à d’autres collègues avec lesquels nous projetons de nous arracher sitôt les bougies soufflés, gâteau englouti, champagne essoré.


La première partie du programme se déroule effectivement de la sorte. Dans une chaumière humide de la banlieue d’une ville marécageuse, une quarantaine de personnes applaudit Jean Polonais soufflant ses 35 bougies avant de faire gentiment causette en dégustant un infect gâteau à la fraise. Arrive ensuite le champagne, tout aussi infect, qui provoque toutefois un chamboulement à ce point inattendu que les photographies prisent consécutivement semblent témoigner des nuits chaudes au Paillard Klub. Ce coquin de Jean Polonais avouera plus tard, oh le drôle, avoir saupoudré son dessert d’un psychotrope poussiéreux aussi prohibitif qu’excitant.


Sans savoir pourquoi, mais m’en sentant, sinon le droit, du moins le devoir, je me trémousse comme les autres sur une table. Torse nu, j’ondule du bassin et accompagne les mouvements lascifs de Mlle G., photographe attachée à (Presque) Fameux. Le DJ, un de ces prétentieux portant lunettes fumées, a été prié de disparaître avec sa détestable collection de MP3 ambiant minimal. A la place, Y., mon voisin de niche au taf, a extirpé le disque de Mini Moustache, et depuis le disco est en son domaine. Nous sommes Dans la discothèque, tel qu’ils le stipulent eux-mêmes. La charleston impose dorénavant sa loi, les textes français étant chantés avec un curieux accent. Mini Moustache, en fiers bataves, reprennent à leur compte tous les clichés français - femmes, danse, alcool. Ouvre ta blouse, Petit bistrot ou Oh chérie, voilà un parfait programme pour la bande d’allumés en train de mettre à sac le salon de Jean Polonais. Les chansons sont loin d’être toutes formidables, mais comment résister à une telle évidence, d’autant que conjuguée à pareil esprit porté à la fête ? Et puis, avouons qu’au bout d’un certain seuil de champagne, l’esprit n’a plus que faire de bon goût et de finesse. Même JN, d’habitude si pointilleux sur le son, voire chicaneur à propos de la validité des influences, se démène sur des titres de pure FM qui, mine de rien, ne vont pas sans rappeler la survendue nouvelle scène rock française, style Danse danse danse par exemple. Vive la fête !


Et puis, comme pour toute chose, l’effet de la poudre blanche décorant le gâteau s’est dissipé, au contraire des effets négatifs de l’alcool, rendus public. Gueule de bois avant l’heure. Je me suis demandé ce que je faisais dans les bras de la cousine de notre hôte, et j’ai retrouvé ceux avec qui j’étais venu, mâles hagards se posant peu ou prou les mêmes questions, l’objet de leurs questionnements portant sur d’autres partenaires, toutes aussi ahuries.

« Méchante boum ! » a hurlé P. en s’écroulant sur la banquette arrière, me broyant les cuisseaux. «De la dynamite !! » a maudit U., notre chauffeur, avant d’exploser de rire, mettre le contact, enclencher la première et continuer où nous en étions avec AC/DC. 

Par Ndaref
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Lundi 15 décembre 2008

      




 

 

Avec le temps, j’avais oublié combien ça pouvait être aussi fatigant. Se lancer à l’assaut de sa zone réclamait un pilonnage méthodique qui, s’il s’avérait concluant, me transportait vers l’avant, afin de l’achever. Il convenait durant mon assaut de garder le contrôle de l’échange, soit conserver voire affermir mon ascendant sur lui. Hélas, c’est mon adversaire qui le prenait un peu trop souvent sur moi. Souffle court et jambes raides, je ramassais les balles sous les considérations acides de M.

 

M. est un de ces loosers œuvrant à la comptabilité de (Presque) Fameux. Autant dire dans une section interdite à la piétaille, où les exploités se la jouent col blanc, élite et pré carré. Je ne sais plus comment j’en étais arrivé à jouer au tennis avec lui, sans doute suite à un défi relevé au cours d’une soirée arrosée. Depuis, chaque semaine, je me faisais laminer.

 

Pour ne plus endurer ses remarques assassines, j’avais enfoncé des écouteurs dans mes oreilles et mis de la musique. Les premières, d’obédience reggae, visaient à me faire oublier mon stresse et me relaxer, ce qu’elles provoquaient à l’excès. Déjà peu rapide, je ralentissais encore le pas et Dillinger ne m’aidait guère à me repositionner sur un lob bien ajusté. Les secondes tranchaient radicalement avec celles venues des îles, mais le résultat était pareillement désastreux. J’écoutais une sélection assez pointue où s’enchainaient F Minus, Anti Cimex, Downset et autre Napalm Death, concassage sonore qui me faisait frapper si fort dans les balles que je expédiais loin hors du court et qui conduisait mon organisme, le pauvre, à un épuisement rapide.

 

Les déroutes allant bon train, il convenait de trouver le bon aiguillon qui optimiserait mon moral tout en éloignant le spectre du dopage, tentation à laquelle j’étais sur le point de céder. J’exposais ce dilemme à quelques collègues triés sur le volet, un midi où je dévorais une pleine barquette de frites, lorsque Jean Chinois, spécialisé en musique carabéennes, me tendit le disque.

- Ce truc devrait le faire. Ils oscillent entre métal, hardcore, transe, pop et indie 90 avec une maestria impressionnante.

- Curieux choix pour des cubains…

- Ils viennent de Suisse. Une erreur de courrier. Merci Fear Factor.

 

Je comptais jeter une oreille avant d’arriver sur le cour de terre battue, mais divers contretemps (el pendu, el pendu et el pendu - gloire à mon rédacteur en chef !) m’en empêchèrent. Toujours est-il qu’après avoir salué l’autre gestionnaire, je cliquais sur on et commençais le match.

 

Autant l’avouer tout de go, la défaite fut aussi cuisante que d’accoutumée. La différence est que j’eu de splendides moments. Ils tenaient essentiellement à la puissance de la musique, condensé d’émotions passé au crible de l’expérience. Les membres de I.W. ne se contente pas, en vulgus tacherons, de marteler leur musique, ils en tirent une moelle substantielle qu’ils, prouesse, déclinent par strates évolutives. En somme, les morceaux sont longs, contrastés, magnifiques. Tout cela agissait directement sur mon jeu. Tout en ruptures, j’enfonçais sa défense à force coups droits massifs le long de la ligne puis, suivant le changement de tempo, fixais sur place l’autre grotesque grâce à un amorti volet derrière le filet. M. était dépassé. Hélas, I.W. interprète sur Prayers And Arsons des compositions bien trop cinématiques. Sur ce film sans images, les titres défilent, peignant des paysages sonores éblouissants, transportant dans des contrées d’une lumineuse évidence, provoquant un délicieux état hypnotique, paradigme des sens toutefois guère propice aux vicissitudes sportives. Quasi hypnotisé, je renvoyais les balles sans volonté de nuire, je me faisais promener de droite à gauche et de bas en haut, je tombais dans les pièges les plus grossiers. Ce disque, pure beauté galvanisante mais apaisée, s’avère (presque) parfait, mais pas du tout pratique pour jouer au tennis.

 

Lorsqu’il l’opus et la partie se sont clôturés, cet idiot de comptable, riant de moi, se rhabillait. J’ai hésité un instant à lui briser mon André Agassi vintage sur sa tête pleine de chiffres. D’ailleurs, peut-être l’ai-je fait…

 
Par Ndaref
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Lundi 8 décembre 2008





Tous les midis, les employés évacuent prestement le siège de (Presque) Fameux, l’abandonnant à la dizaine de malheureux devant rédiger urgemment une note ou réaliser une interview téléphonique. Ces misérables se sauvent eux-mêmes de ce lieu d’épouvante dès qu’ils le peuvent, le laissant définitivement à notre merci. Nous, ce sont les incompressibles, la matière grise défraichie et pourtant salariée, amalgamant tout individu ayant dépassé les 30 ans.

 

Nous buvons notre café dans le ventre de bête en évoquant les appendices laiteux de la nouvelle secrétaire d’el pendu lorsque JP, fier collègue, arrive en se tenant la bouche. Du sang perle de ses lèvres.

- C’est Fear Factor, dit-il en se posant sur une chaise.

 

Fear Factor, préposé au courrier, est du genre rustre. Aussi n’a-t-il guère apprécié la remarque de JP, venu le questionner.

- Je suis descendu dans son gourbi voir s’il n’avait pas reçu un courrier de Clac Record, une sacrée bonne boîte bordelaise. Une semaine que j’espère un colis, que l’autre malfaisant n’a toujours pas délivré. Vu que ce ne serait pas une première qu’il se mette un paquet dans la poche, je vais donc questionner cet abruti ambulant. Je le trouve un joint aux lèvres, rétorquant qu’il ne saisit pas le sens de ma requête - enfin il ne l’a pas exactement formulé ainsi. Je maugrée quelque chose et m’apprête à sortir quand je constate que 0800 s’échappe de son poste minable. Etant donné que j’avais entendu la chanson sur leur page MySpace et que l’autre amas de chair n’a pas encore découvert internet, j’ai vite capté que j’avais face à moi un voleur patenté.

 

Fear Factor apprécie peu d’être mis en défaut.

- Il m’a d’abord raconté que son cousin, le roumain qui trafique les cigarettes russes, le lui aurait offert. Quand je lui ai précisé qu’à la date d’envoi, l’opus n’était pas encore sorti dans le commerce, il m’a dit de dégager. Pas question. Je lui ai demandé de fermer un moment son clapet et d’écouter la musique. Franchement, qu’est-ce qu’un rustre comme lui peut avoir à faire d’un hip hop aussi délicat ? Comment un mec qui se saoule de basses si pleines de distorsions qu’elles s’illustrent au sommet du grotesque peut se piquer d’intérêt pour un duo de MCs s’exprimant sur une musique jouée live par un vrai groupe ? Où un féru de hip hop de rue, qui est à la mélodie ce que la dynamite est à la pèche, trouve son plaisir dans des textes malins et bien tournés, et des musiques ouvertes à plus d’influences qu’il n’a de neurones ? Ok, je peux à la rigueur comprendre qu’il prenne son pied sur Partis pour brûler ou Keskya, gros refrains, rigueur assassine et instinct basique revendiqué. Mais bon, I don’t mind et son ambiance big band, Efficace à l’imagerie visuelle pas conforme à la norme ou Sapritch m’a tuer et son clavier casse-rein, je pige pas. Bon, allez Fear, t’as chouré ce disque, t’as pas eu la main heureuse, rends-le moi et je fais te filer Snowgoons, tu vas voir comment ça va te…

 

En guise de réponse, Fear Factor lui expédie son poing, fermé pour l’occasion, dans le visage. A l’en croire, JP aurait été à deux doigts de le réduire en bouillie mais l’apparition d’el pendu l’aurait dissuadé de tel geste. Personne ne croit cet éhonté mensonge : el pendu ne sait même pas que nous possédons une section courrier.

- En tout cas, je vais pas lâcher l’affaire ! Une, je vais contacter les mecs de Clac, histoire de leur stipuler de tenir leurs promesses et m’envoyer enfin ce bon dieu de disque ! Deux, je vais aller trouver ce mongol de Fear Factor et lui dire ses quatre vérités. A moins que j’écrive une lettre anonyme à la direction, j’ai pas encore décidé… Enfin, la punition. Je veux une sanction exemplaire, quelque chose qui fasse réfléchir ce mastodonte à deux fois, quoique je doute qu’il arrive seulement à réfléchir à une. Je veux du brio, du grandiose, du magistral ! Un vengeur volontaire pour glisser du sucre dans le réservoir de sa Harley ?

 
Par Ndaref
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Lundi 1 décembre 2008

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Installé devant mon écran, je rêve de beautés scandinaves en déclarant à tous les gêneurs, surpris à mon air pénétré, hésiter sur la tournure à donner à un papier. Passant outre cette barrière mentale, K. vient me déranger dans ma niche, me secoue par l’épaule et me prie de la suivre. Voici comment ma collègue et moi-même arrivons sur la passerelle métallique fixée au soixante-troisième étage de notre immeuble, palier de l’escalier de secours devenu salle fumeur.

 

Elle me tend la pochette d’un disque, Total Chaos – Freedom kills, avant d’exploser en sanglots. Est-ce donc si mauvais ? Tu n’y es pas du tout, réplique-t-elle. Et, sur ce ponton situé en plein vent, de me conter comment ce disque l’a replongé dans les arcanes de son passé. Une vie que j’étais loin de soupçonner.

 

- Le matin, mon premier geste était de finir ma canette, le second d’aller pisser, le troisième d’acheter mon petit-déjeuner, qui consistait en une grande rasade de houblon. Boire de la 8°6 dès le matin n’aide guère à avoir les idées claires mais ce KO perpétuel permettait de supporter la situation.

- Quelle situation ?

- 16 ans, en fugue, rebelle et complètement jetée. Je me suis retrouvée intégrée dans une bande de punks de rue. On bougeait de ville en ville, déchirés en permanence. Ëtre dans un état second permettait d’aller au-devant des gens et réclamer leur monnaie. Peu donnaient, mais tous nous observaient comme des zombies. Je portais l’uniforme : rangers, pantalons camouflage, t-shirt revendicatifs, cuir déchiré et bombé. Mes cheveux porc-épic tenaient avec de l’eau et du sucre, de la confiture, du gel surpuissant si j’en trouvais.

 

Je contemple ma collègue. Plus jeune que moi d’une dizaine d’années, elle est vêtue comme ma mère (hello maman !), ne porte aucun tatouage et s’exprime dans un français châtié (qui lui vaut de se frapper tous les mécréants de notre nouvelle scène française).

 

- Notre vie était dure et la musique que nous écoutions l’était pareillement. Nous n’avions pas connu les heures glorieuses du mouvement punk, mais la radicalité des descendants de nos héros nous comblait de violence. Notre vie était dure, mais il y avait des moments de réconfort. C’est ainsi que je me suis retrouvée enceinte à 17 ans. Quand Hugo est né, son père a rompu toutes se promesses et nous a laissé tomber. C’est là, seule dans cette maternité, que j’ai compris que j’avais fait fausse route. Je n’étais sans doute pas assez révoltée, ou trop lucide, ou pas totalement décérébrée. J’ai rasé mes spikes, jeté mes vêtements en loques, suis retourné vivre chez mes parents. J’ai décroché de l’alcool et autres parce que je l’allaitais. Je suis retourné à l’école, ai passé mon bac, suis allé à la fac. J’ai du réapprendre à exister. Aujourd’hui, je travaille à (Presque) Fameux et je suis vivante, maman, mariée.

- Super…

- Je sais que tu juges mon existence vide de sens. En un sens, tu n’as pas tort. Après tout ce que j’ai vécu, elle m’apparaît parfois comme une délicieuse impasse. C’est ce que m’a confirmé cet album. On baigne sous une pluie de disques en travaillant ici. Je n’écoute aucun évoquant cette époque, les rares passant par mes oreilles n’évoquant rien d’autre qu’un son mort, vide, creux. Mais là… Comme si on m’écrivait depuis la rue, comme si mes potes n’étaient pas morts, fous ou rongés de rancune. Comme si je les avais laissé la veille. Total Chaos fait la synthèse de tout ce que nous écoutions sur le gros poste K7, du punk classique, du punk pas mort, du punk hardcore et même du oi ! Lorsque j’ai glissé le CD dans le lecteur du monospace, j’ai eu l’impression d’être revenue sur le trottoir, à téter de la Stella en cramant du shit. Tout est là ! Ces canadiens synthétise la substantielle moelle du punk pour écrire des morceaux qui résument ce mouvement. Ils ne sont nullement originaux, mais purement efficaces. Ca te dirait de boire une bière ?

- Un café plutôt, non ? Il est même pas 10 heures…

- C’est bien ce que je dis, on a perdu vachement de temps !

 

Je contemple ma collègue, cette fille si fade que longtemps je ne l’ai même pas aperçu. Je vois dans ses yeux une crête verte. Ca me fait peur.


 


 

Par Ndaref - Publié dans : Dans la cage
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