Ecoute!

Découvre la bande son (presque) intemporelle de (Presque) Fameux!
Des Beatles à Napalm Death, de Nirvana à Dutronc, viva el best-of évolutif en lecture aléatoire live!

Pump up le volume!





Au fait, (Presque) Fameux décline son concept sur le (presque) Myspace
Lundi 17 novembre 2008

 

 



 Je me sentais particulièrement démoralisé en me présentant à la concession du constructeur allemand. Le dévoué salarié m’y attendant allait pourtant me remettre les clés d’un cabriolet flambant neuf, que j’avais pour mission d’essayer.

Nous étions en 2007 et j’appointais dans un journal automobile, signant toutefois des piges dans tous les titres qui voulaient bien me laisser parler de musique. Je cumulais ces fonctions par nécessité, mais au fond de moi demeurait, accroché comme un lichen à la crête venteuse, l’espoir de devenir un jour chroniqueur respecté, et si possible riche.

Après les précautions d’usage, le concessionnaire me pria de m’installer dans ce bolide capoté, dont le tarif dépassait le cap, pas si mental que ça, des 100.000€. Je sortis du luxueux garage en le saluant d’un coup de klaxon. Dur métier.

 

Afin de faire coïncider mes deux activités, je décellophanais un CD tombé dans ma boîte aux lettres peu avant. Il s’agissait d’une réalisation de producteurs allemands baptisés Snowgoons. Ces gens, à peine célèbres entre leurs frontières, avaient réussi à attirer sur leur production pléiade de rappeurs américains, inconnus des personnes n’ayant pas juré allégeance au souverain hip hop. J’étais un pauvre français circulant dans un cabriolet germain grand luxe, ils étaient d’ignorés activistes bavarois recevant sur leurs pistes la crème de l’underground. En un sens, et sans même avoir écouté la traitre note de musique, ces raccourcis me plaisaient.

 

Dès la première chanson, Heads or trails, je m’arrêtais et ôtais la capote de cette bombe motorisée. Ce que j’avais entendu me ramenait des années en arrière, aux grandes heures où les tracks gabber détournaient à qui mieux mieux toute sorte de classiques. Le morceau sonnait comme du pur hip hop de rue, lourd, agressif, des tas de voix belliqueuses dégainant leur graves propos. Il faisait 7° dans cette citée brumeuse, mais je n’en avais cure et préférais me geler plutôt que remiser par devers-moi tel morceau d’anthologie. Je testais la puissance de la sono au grand air, faisant cracher à plein volume la vingtaine de haut-parleurs répartis dans l’habitacle de cuir noir. Au feu rouge, les passants s’étonnaient de cette voiture flambant neuve conduite par un manant assourdissant. Puis ils détournaient la tête, envieux de mon sort et accablés du leur. Les jeunes gens, casquettes portées à l’envers et 106 tunnées, n’en croyaient pas leurs yeux et bavaient littéralement sur leur planche de bord délavées. J’étais au volant de la bonne voiture avec la bonne musique, OK pas dans la bonne citée, mais j’étais ultime, parfait. N°1 dans la ville, cliché blingbling assumé, bientôt toutes les filles du comté allaient se tailler des shorts XXS dans leur jeans et se frotter langoureusement contre ma carrosserie, juste pour la polir.

 

Au second morceau, les miss pouvaient dégager et les ganstas pointer leurs muscles, tatouages et flingues. Place à la sainte puissance. Who what when where s’illustre à ce sujet comme une sorte de maître étalon. Le refrain tombe comme une pluie de coups, plongeant l’auditeur dans une transe brutale. Snowgoons cherche la radicalité et, avec la grâce et l’élégance d’un panzer, l’obtient dans des proportions sidérantes. Assourdi par les basses, je poussais moi-même la voiture dans ses retranchements. Je titillais ses 250ch sur route ouverte, testais son phénoménal couple (mes cervicales s’en souviennent), appréciais sa tenue de route en enfilant les ronds-points comme une toupie folle. Rien à reprocher à l’engin, même ses dérapages restaient coulés. Une pluie fine et froide tombait sur cette région sinistrée mais je roulais fier sous le crachin, écrasant le bitume de ces septentrionales contrées, répandant Snowgoons en disciple, quoique disciple éclairé. J’avais rapidement noté qu’en dehors des hits présentés d’emblée, les allemands répétaient leurs gammes. Ils ralentissaient le rythme, faisaient crisser les claviers, chantaient sans doute le monde tel qu’il l’est, mais avec la finesse, la pertinence et l’originalité d’un brise-glace. Peu importe, je faisais tourner les deux chansons en boucle, les hurlant en appuyant à fond sur la pédale d’accélérateur.

 

J’ai terminé dans un fossé, après avoir traversé un carrefour. Finalement, les disques de frein, pourtant d’un appréciable diamètre, ne suffisaient pas à stopper cette bête racée mais touchée d’embonpoint. Les pneus, quoique surdimensionnés, ne possédaient pas l’adhérence de leurs prédécesseurs, écartés par la firme pour raison économique. La direction, souple et trop assistée, manquait de précision. Les airbags avaient par contre parfaitement fonctionné, le pédalier s’était comme prévu rétracté, et la structure de caisse, renforcée, avait efficacement enduré le choc. J’étais sain et sauf, et deux heures plus tard licencié par le journal automobile, le lendemain sur la liste noire de tous les concessionnaires du pays.

 

Le lendemain, je postulais chez (presque) Fameux.

 

Hey, retrouve mes meilleurs essais dans la vidéo suivante :

 
Par Ndaref - Publié dans : Dans la cage
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Lundi 10 novembre 2008

 

 

(Presque) Fameux paye mal ceux qu'il emploie. Pourtant, nous, fiers employés, rallions chaque jour cette tour située dans un quartier d'affaires huppé, et, criblés de dettes, assaillis de réclamations, harcelés par les tenants d'un marché économique en déliquescence généralisée, alignons des lettres, mots et chapitres pour le seul profit de la musique, voire, étoile inaccessible, de la littérature.

 

Concrètement, tous mes collègues supportent la situation en cumulant toutes les gâches qu'ils trouvent et s'arrachent. Il ne faut dès lors guère être regardant, du moins pas plus loin que son porte-monnaie. Je pige actuellement pour un groupe publicitaire qui, derrière la haie d'honneur de ses prestigieux signataires, s'en remet aux petites mains pour réaliser le travail.

 

Le challenge du moment est d'échafauder un argument marketing afin de vendre un rasoir. Pas folichon en soi, le concept ne doit s'appuyer sur aucune innovation technique, évolution d'ailleurs remarquable par son absence. Le rasoir doit mieux raser, à moi de l'annoncer. Depuis que l'homme a décidé de se débarrasser de ses attributs de singe, des générations entières de (presque) publicitaires se sont cassées la tête là-dessus avant moi.

 

Quoi de mieux pour se consacrer au travail qu'une petite fille dans votre maison? La mienne est là, éradiquant le moindre espace sonore, annihilant la plus infime tentative de concentration. Une nuit, alors qu'elle est couchée depuis quatre heures, là voilà qui rejoint la cuisine, où je travaille. Endormi sur une chaise, je rêve d'un monde où le fric sourd des murs. Elle me réveille en sautant sur mes genoux puis, ravie, déclare connaître la chanson qui passe sur la chaîne. Elle l'a déjà entendu dans une pub TV, celle d'un nouveau smartphone. Elle l'adore. D'ailleurs, elle ôte la fonction aléatoire du lecteur CD et commence à diffuser You, me & the Bourgeoisie, le morceau concerné, en boucle. Elle passe ensuite aux suivants tandis, père concerné par l'éducation de ses enfants, je fume des cigarettes à la chaîne en réalisant qu'à 2h du matin, je devrais être au lit. Au bout d'un temps assez bref - trois tasses de café, neuf SMS - elle connaît l'album par cœur et chante Honeysuckle weeks à tue-tête. Chose faisant, cette enfant de huit ans examine mes notes, se résumant à l'énoncé des contraintes et, tranquillement, me livre un plan. “Un monsieur se rase. Il te ressemble. Son visage est couvert de mousse. Quand il termine, il est aussi barbu qu'avant. Quelle arnaque! il crie en jetant son rasoir. Sa femme arrive alors en lui en tendant un nouveau, avec lequel il se rase en souriant. Puis, ravi de retrouver sa peau de bébé, il explose d'un rire satisfait“.

 

Je souffle, l'envoie se coucher. Plan éculé, vu et revu, fait et refait. Puis, je réfléchis, Honeysuckle weeks toujours en fond sonore. L'avantage de tel message est qu'il expose les faits clairement, dans une évidente limpidité, à l'image de ce disque. Voici un rasoir irréprochable, ceci est de la pop millésimée. De la douceur, de la gentillesse, du respect, une fraîcheur sans pareille, un résultat impeccable. Comme l'opus, pareil message est à la fois intemporel et ancré dans nos esprits, jouant sur le subliminal avec une conscientisation maximale. Vouant une fascination sans bornes à leurs aînés, The Submarines croise adroitement les Beatles à World Party, générant une pop riche en refrains entraînants, réveillant des airs qui sommeillent en chacun de nous. Tels morceaux, lumineux, obsessionnels, n'en restent pas moins décalés par l'emploi d'instruments aussi étranges que le clavecin, ce qui les teintent différemment, sans les isoler dans une niche arty. En somme, Honeysuckle weeks sonne un classique d'une époque difficile à dater. En soi, il est parfait, tout simplement parfait.

 

A 5h du matin. J'ai compris tout l'intérêt d'utiliser le plan simplissime bâti en trente secondes par ma fille. A moi de déployer les arguments adéquats - inculture populaire, côté nostalgie assumée - pour le faire valider. Alors que j'écoute maintenant Slayer reprenant des classiques du punk hardcore, la virulence du ton soulève en moi quelques interrogations.

1. The Submarines cèderaient-ils un de leurs 10 hits authentiques - 1 un étant déjà employé - contre une rallonge de monnaie?

2. Quoique suffisamment poilu, suis-je assez souriant pour apparaître, couvert de mousse et rasoir en main, dans cette pub?

3. Dois-je rétrocéder une partie de ma rétribution à ma fille, qui au fond n'a fait que conjuguer manque de sommeil, musique maligne et souci parental en une formulation ultime, ou procéder comme de coutume et continue à établir le pillage au rang d'art?

 

Si vous avez la réponse, merci de ne pas écrire au journal.

Par Ndaref
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Lundi 3 novembre 2008









Leçon N°3 : Tu ne vieilliras (presque) pas.

 

Il était une fois N., salarié œuvrant dans la vaste structure de (Presque) Fameux. Ce jeune collègue, appointant depuis peu dans notre prestigieux titre, jouit d’une plume acérée qui délivre des propos assassins et abonde de commentaires fâcheux. Les lecteurs adorent ses attaques outrées. Les quadras blasés que nous sommes devenus observent toutefois avec un agacement certain ces agissements puérils, qui n'en demeurent pas moins encouragés par notre bon rédacteur en chef - el pendu –prenant ce vandale en exemple. A l'entendre, il incarne la fougue que nous avons perdue. Rien de plus faux – nous en sommes dénués de nature. Il affirme en outre que cette attitude de sapajou est fertile en retombées publicitaires, assertion n’allant pas sans amuser notre bande d’anciens extrémistes. En public, nous nous rengorgeons de notre intégrité maintenue. En privé, chacun constate combien il nous rend indubitablement caduc.

 

Pourtant, ces données misérables changèrent au cours d’une seule nuit. Comme chaque soirée, N. assiste à un concert, sur lequel il rendra demain un verdict meurtrier. Il titube désormais au bar du club. Etant joli garçon, il reste l’objet d’un constant empressement de la gent féminine, auquel il répond avec un acquiescement proche de la frénésie. Comme de coutume, une beauté l’aborde. Après quelques verres, l’accord qu’ils concluent les motive à se déporter vers l’habitation la plus proche. N. dégaine les clés de son domicile. A peine ce dernier investi, la demoiselle le pousse sur le canapé et manifeste une féroce envie d’épanchement qu’il n’a, mystérieusement, que peu envie de combler. Il se sent las. Il a d’ailleurs embarqué cette fille par pur mécanisme, sans prêter attention à ses traits ou à ce qu’elle disait. Il l’observe donc. Bien que fort mignone, rien en elle ne le stimule. Se détachant du corps offert de la miss, il se souleve et, déclarant recourir à une musique d’ambiance, choisit au hasard un disque glissé dans le tas qu’il doit, depuis plusieurs mois, écouter en urgence. Il éjecte alors du lecteur celui, pourtant libidineusement déterminant, de The Heavy, et insère le premier venu.

 

N., qui se pique de tout connaître, tique d’emblée. L’introduction troublante de l’opus, d’essence science fictionnelle, le fait frissonner. Selon toute vraisemblance, il subit ce soir un puissant dérèglement des sens. Il attrape la pochette et contemple l’étrange visuel concocté par ce groupe baptisé Dysfunctional By Choice. Des français. Quand débute le premier vrai morceau, il constate qu’il s’agit de metal. Pas l’ancienne école avec soli et évocations de dragon, mais le style transgenre, entre pop, émo et hardcore. A boire et à manger. D'emblée, aucun intérêt. Pourtant il ne change pas de disque, la belle l'attrapant sauvagement au tournant du troisième morceau. Heureux hasard, celui-ci trahit que, loin d’être sorti de l’école sidérurgiste, DBC peut s’attaquer au punk, et au meilleur, dans une optique évoquant les grandioses Burning Head. Retrouvant ses attributs de critique et repoussant ponctuellement sa groupie, N. en vient à conclure, tout surpris, que le disque entier se distingue alors par la richesse de ses influences et sa facilité à les maîtriser. Il reste certes typé métal, mais dans une approche apaisée de la chose, lorgnant moins vers le thrash que la pop underground, aboutissant à l’inenvisagée rencontre entre Machine Head et Muse. Amalgammant sucre de l’harmonie et furia de la double grosse caisse, DBC trouve logiquement sa voie, à mi chemin de la candeur et du désespoir. Mince. Et puis, ces plages instrumentales toujours aussi étranges… D’habitude, il zappe volontiers ces bouche-trous. Là, ces variations, belles, étranges, émotionnelles, alliant piano, guitares, voix lointaines, nouent les titres et transforment l’album en concept.

 


 
 

Furieuse et insatisfaite, la jeune fille essaye à présent de lui ôter son sweat vintage NOFX. Ulcéré lui-même, N. la repousse rudement et, sans hésitation, la prie de partir. Ce qu’elle fait en renversant tout ce qui se présente devant elle. Aucune importance. Maintenant, il peut se consacrer totalement à cet album ambitieux, incroyablement prenant. Les morceaux défilent, tous s’avérant inspirés, variés, pleins de surprises et de progressions inattendues. Certainement pas le disque de l’année, mais un opus brillant, qui transporte et finit trop vite. N. l’écoute donc plusieurs fois d’affilée en tétant une bouteille de vin, savourant ces heureuses minutes où il vogue entre ciel et terre, loin, très loin de son sexe.

 

Le lendemain, une sévère gueule de bois salue son réveil. 10h10, il est sacrément en retard. Pas le temps de se laver, ni de déjeuner, ni de passer aux WC. Le trajet jusqu’à (Presque) Fameux le laisse fatigué, épuisé, sans idée. Il rejoint la rédaction les épaules tombantes. Il ne lance pas la moindre vanne de la journée, qu’il passe avec nous, les vieux. Abandonnant téléphone et ordinateur, il s’accroche à mon ombre, délaissant sa morgue habituelle pour évoquer son enfance, ses premiers émois musicaux, les femmes, le tout en passant en boucle Travelling in travel. Bienvenue au club des anciens jeunes, collègue.

Par Ndaref
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Lundi 27 octobre 2008

 

 

Ndaref !

L’appel résonne à travers la rédaction. La plupart de mes voisins lèvent la tête de leur écran d’ordinateur. D’autres, occupés à réaliser des interviews au téléphone ou travaillant casque sur les oreilles, continuent à aligner les caractères.

J’abandonne mon clavier et file vers le bureau de mon rédacteur en chef – El Pendu. Je zigzague entre les alvéoles répartissant le personnel de (Presque) Fameux, en proie à un pesant sentiment de solitude. Je me trouve bientôt devant mon supérieur. Il termine de rédiger un texto sur son portable, en ferme le clapet et me contemple, irrité.

- Quand on t’a engagé pour rejoindre notre titre, on était encore un petit fanzine en ligne et ta plume cadrait parfaitement avec notre politique éditoriale. Or, les temps ont changé, et le titre a évolué. Toi, tu fais du surplace. Je viens de jeter un œil au blog. Bon sang, mais c’est quoi ces chroniques ?

- Lesquelles ?

- Y a belle lurette que le nouveau journalisme est passé de mode. Si j’avais pas été tant pris par la TV – tu sais que je fais de la TV ? – j’aurais pu intervenir avant que ça prenne ces proportions. Ma boîte mail déborde de courriers furieux à propos d’articles causant davantage de ficus foireux, main cassée et attaques de fourmis que de musique. Les distributeurs s’inquiètent. Ils trouvent qu’on parle pas assez de leurs produits. Ils ont raison. On y comprend rien et ça nuit aux contrats publicitaires. Tu tiens à ton salaire ?

- Hum…

- Moi, je tiens au mien. Alors, à partir de maintenant, t’oublies la littérature, enfin si c’est ainsi que tu appelles tes délires, et tu rédiges de bonnes vieilles chroniques élégiaques, point barre. Les sujets, je vais te les choisir, ça évitera que tu nous causes, entre deux évocations de barbus, de duos inconnus ou de perdants magnifiques. Premier sur la liste, Kid Acne.

- Qui ?

- Un anglais qui réenregistre les morceaux des Beastie Boys façon The Streets. Pas novateur pour un sou, mais ce côté révérencieux est justement son concept. A l’arrière du disque, il y a écrit que Req One, son DJ, « sampled a bunch of old-fashionned records ». Tu vois le genre ?

- C’est un genre ?

- Avec tous tes méfaits, je vais pas demander au distributeur de t’envoyer un exemplaire, et je garde celui que j’ai. Replonge dans ta discothèque, ressors tes vieux albums des Beastie, KRS One et consort, et t’auras une idée juste du son de l’opus. Le rap vintage dans toute sa splendeur, à peine updaté par le placement de la voix, le côté voyou de ce timbre volontiers cockney et des percussions prédominantes. Tout ce qu’on aime quoi, la vieille école.

- Un Kid à la vieille école ?

- Maintenant, à toi d’enjoliver le tout pour transmettre aux lecteurs l’excitation manifeste de cet album. Car il l’est, et pas qu’un peu. Mince, ça groove sévère. Le morceau d’ouverture, Eddy Fresh, demande qu’à être calé dans un set électro éclectique, effet assuré. Et les Oi ! qu’il balance au début de chaque titre, fabuleux. Tu me crois pas ? Visionne !

 

 

 

 

 

- Oi…

- En plus, Acne n’est pas borné. Cette endive lunettée place deux morceaux à guitares, et pas des moindres, carrément du rock skinhead entêtant et rugueux. Oi ! on t’a dit. J’adore. Ca casse la routine et fait bouger la tête. Bref, c’est une foutue réussite. Disons que ça rappelle combien le hip hop peut être excitant, deux termes qui ne vont plus très bien ensemble, de nos jours. Bon, à toi de te débrouiller, je vais pas écrire la chronique à ta place, remarque ça serait peut-être pas plus mal. A propos, tu me la mènes pour relecture avant de la poster en ligne, histoire de voir si tu nous balade pas sur la pêche à la ligne ou la cuisson des lentilles. Et fais gaffe aux fautes d’orthographe, paraît que s’en est truffé… Au boulot !

 

Pas une sinécure de travailler à (Presque) Fameux…

Par Ndaref
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Lundi 20 octobre 2008


 


Maintenant, il est couché dans un énorme tube ouvert des deux côtés. Posé sur une couche de mousse, il conserve le bras tendu, conservant cette position rendue célèbre par Superman. A la seule nuance que mon ami ne vole pas.

Il avait pourtant volé, dernièrement. D’après lui, cette grâce aérienne n’avait duré que deux secondes, le temps qu’il soit projeté de la trottinette qui le supportait jusqu’au sol (voir (presque) ici). La main serrée dans une attelle, il me détailla ce transport comme merveilleux, parfait contraste avec la chute, l’écrasement au sol ayant été brutal au point de lui rompre l’os crochu.

 

Aujourd’hui, il passe une IRM de contrôle et, comme il ne peut conduire, je l’accompagne. Nous nous trouvons dans une section spéciale de l’hôpital local, un endroit calme, propre et lumineux, où nous ne patientons pas des heures. Dommage, tant la secrétaire, qui nous fait face, est magnifique. Mon ami ne cesse de lui demander si elle souhaite d’autres documents administratifs en louchant vers son décolleté, tandis que, fasciné, je projette de l’alpaguer quand je serais débarrassé de ce boulet. Heureusement, un garçon portant blouse blanche vient le chercher. Malheureusement, peu dupe de mon manège, le photographe, comme il se présente lui-même, me prie de les accompagner. Il nous fait rapidement le briefing : l’IRM fonctionnant grâce à un aimant surpuissant, il convient d’ôter toute trace de métal, bague, montre, ceinture, sous peine de brulures ou arrachements, plan gore à la Carcass. Nous nous rendons dans la salle réservée à cet effet. Démétallisé, mon ami se fige alors dans la position voulue. Après quelques consignes, l’opérateur lui fixe un casque stéréo sur la tête. Il revient derrière l’épaisse vitre qui sépare l’énorme tube de la zone de commandes.

 

Sans s’intéresser à moi, il commence ces manipulations. Le bruit qui nous parvient est proprement assourdissant.

- Vous comprenez pourquoi je lui ai placé ce casque ?

On dirait une rythmique de techno hardcore débridée, le genre de production freak tournant à 450 bpm. L’ensemble est saturé au delà de l’entendement.

- Qu’est-ce que vous pouvez lui passer pour qu’il supporte ça ?

Le photographe m’indique alors une pochette de CD posée sur un coin de sa table de commandes. Un collage, étrange, pas forcément harmonieux, l’illustre.

- The Faint. Un groupe américain assez dérangé. Chaque jour, je sélectionne quelques disques dans la banque, et je tache de les passer aux personnes adéquates. Votre ami me paraît mur pour entendre celui-ci.

- A quoi ça ressemble ?

- A ça. Matez le clip.



- Vous pouvez pas m’en dire plus ?

- Disons que leur Fasciination (avec deux i, oui oui) est un opus voué au pop-rock digital, illustré par de bien bonnes chansons, comme l'illustre  The geek were right, Psycho, imaginez Blur qui aurait avalé un sampleur, ou Forever growing centipedes. Il reste toutefois ouvert à des méditations quasi introspectives, style I treat you wrong, ou l’expérimentation traitée old school, genre Fulcrum & lever. Leur démarche se veut intellectuelle, mais leurs morceaux trahissent leur passion viscérale pour la sueur et l’immédiateté. The Faint est en fait l’une des rares formations arrivant à produire des titres aussi putassiers qu’underground. Chez eux, la basse, massive comme chez New Order mais réglée aussi lourde que chez une formation death métal, s’exprime au même niveau que les claviers, parfois horripilants. La voix est claire, somme toute assez froide, teintée d’un étrange accent anglais. En somme, tout prédispose à faire de Fasciination un total raté, mais ce disque, tout aussi bancal soit-il, dispense quelque chose de dérangeant qui précisément attire. Même sautillant, il reste un rien malsain, à l’image de son visuel. C’est ce qui fait son charme, une attirance congénitalement viciée.

- Et ce sont les mêmes jugements que vous appliquez à mon ami ?

- Sauf votre respect, oui.

Là-bas, l’ami, main tendue sous l’aimant géant, subit le concassage gabber sans broncher.

 

Lorsqu’il sort du tube, sa première réaction est de rassembler ses affaires aussi vite qu’il peut.

- Pas trop long ? T’as aimé le son ?

- Quel son ?

Sur ce, il part en courant, certainement demander pour la soixantième fois à la secrétaire s’il lui a bien remis sa carte vital.

- Il ne se renseigne pas sur l’état de sa fracture ? s’étonne le photographe.

- Finalement, je pense que vous avez raison quant au choix du disque pour l’homme, je réplique en embarquant discrètement Fasciination.

Par Ndaref
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Lundi 13 octobre 2008

 

 



“Et c'est comme ça que je me suis retrouvée nue sur le palier!“

 

Elle, c'est N. Elle aime les hommes à une forte pilosité qui écoutent Herman Dune. N. est journaliste.

 

“J'étais dans le club depuis une dizaine de minutes et j'avais des fourmis dans les jambes juste en l'observant. Il avait une grosse barbe bien touffue, des sourcils exagérément fournis et des cheveux longs, très épais. J'étaus attirée par lui comme une chatte par le lait. Je suis allée le voir et il m'a tout de suite capté. Il m'a glissé à l'oreille qu'il pouvait pas se libérer, mais m'a donné son adresse en m'invitant à l'y rejoindre le lendemain après-midi. Ensuite, sa copine est arrivée, et on a parlé musique. Je l'ai compris à fond dans Herman Dune“.

 

Le lendemain après-midi arrive.

 

“Je me pointe chez lui habillée sans trop. Je me gelais mais j'avais surtout super chaud. Quand j'ai tapé à sa porte, il a ouvert torse nu. Jamais vu un type aussi poilu que ça! Je suis tombée direct dans ses bras. Il m'a entraîné dans sa chambre. On s'amusait depuis un petit moment quand il a manipulé la télécommande. J'ai demandé qui c'était, histoire de me décoller de ses lèvres. Black Diamond Heavies. Jamais entendu parler d'eux. Au début, j'ai bien aimé cette sorte de rhythm’n’blues - soul possédé, au son saturé, complètement crade. Une sorte de paradis garage, style de hard rock vintage sans la guitare, vu que pour un groupe au nom si long, ils ne sont que deux, une batterie et un clavier, parfois des cuivres invités. Comme il a cru que je m'intéressais, il a diffusé un clip. Et là, tout a changé. Y a de quoi. Mate le truc.“

 

 

 

“C'est primal, cru, animal. Je sais pas s'il comptait me galvaniser avec ce film, mais ça a produit l'effet inverse. J'ai réalisé soudain que ce qu'il trouvait si bon, si intense, si près de l'os, n'était au fond que deux mecs qui s'assourdissent dans une sorte de Leader Price aux lumières surexposées. On était vachement loin de la classe d'Herman Dune, pour le coup. Pendant qu'il regardait ça, fasciné, je me suis rendue compte que cette musique me mettait mal à l'aise. C'était cette voix, cramée à la cigarette et à l'alcool, qui m'incommodait. Un peu comme si elle voulait prendre possession de moi, j'en perdais mes moyens, et pas dans le bon sens. Et puis ce son, obsédant, une vraie vis sans fin. Les reprises de Ike & Tina Turner, Nina Simone et T Model Ford n'ont fait que confirmer mon impression. Ces types étaient complètement siphonnés et le beau barbu qui martelait le rythme sur ma cuisse l'était pareillement.“

 

Elle lui dit.

 

“Il a rétorqué que si j'étais pas contente, j'avais qu'à me barrer. Puis, comme je m'avançais vers mes affaires, il s'est levé, m'a attrapé par le bras et m'a tiré vers la porte. Et c'est comme ça que je me suis retrouvée nue sur le palier!“

 

Elle tape à la porte.

 

“Il m'ouvre pas et plus je tape, plus je prends conscience du ridicule de la situation. De sa dangerosité aussi. Je suis désespérée quand la porte voisine se déverrouille, me révélant un type qui avance en tenant une grande serviette de bain. Lorsque je m'en empare pour me la passer autour du corps, je vois son visage, souriant, angélique et… barbu. Je rentre chez lui. La première chose que je remarque est Herman Dune que diffuse la chaîne. Je suis genre aux anges. Mon sauveur poilu change aussitôt de morceaux en balançant quelques insanités sur cette maudite radio. Je vous ai entendu, de l'autre côté du mur de ma cuisine. Ah ouais?… je rétorque, mutine. Et là, il enlève son t-shirt. Horreur, il a pas plus de poils qu'un bébé et son corps, hypra musclé, est couvert de tatouages hardcore. Je réalise que j'ai devant moi une version locale d'Henry Rollins, le gaillard qui passe son temps à soulever de la fonte en écoutant Agnostic Front. Alors, t'aimes les Black Diamond Heavies… Vient, on va s'amuser, rit-il en m'arrachant la serviette d'une main tandis que l'autre tient A touch of someone else's class.

 

Par Ndaref
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Mardi 7 octobre 2008
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 Nous nous sommes réveillés au petit matin. Réunion dans la galerie près de la grosse racine ouest. Nous sommes sur le pied de guerre. Hier encore, j'étais en repérage. La récolte s'annonce prometteuse. Nous nous rapprochons. Aeon s'élève. Chacun participe à reproduire ce morceau, l'intimité mentale étant partagée avec les frères. Rappelant le meilleur de Death In Vegas, cette électro mature prépare magnifiquement le terrain avec un son glorieux, puisant tant dans la nostalgie que la liturgie, le tout ponctué de puissantes montées. Ce son nous accompagne jusqu'au sommet de la colonie. Le soleil perce. Magnifique.


Nous nous mettons en marche au rythme de Golden dawn. Un morceau parfaitement en adéquation avec notre procession. Nous sommes des centaines et nos pattes martèlent le sol de la terrasse de béton gris. La voix qui illumine ce morceau martial, cédant toutefois à une certaine candeur, nous emporte comme une litanie. Golden dawn rappelle le meilleur de Daft Punk, lorsque le duo était encore capable de lier violence, surprises et mélodies. En tête du groupe, je suis la piste des phéromones que nous avons laissé la veille. Je ne me laisse pas déconcentrer par la chanson merveilleuse que nous nous communiquons l'un l'autre.



 

Nothing can go wrong apostrophe le chanteur sur le titre éponyme. Nous n'en sommes pas si sûrs en franchissant le seuil de sa porte. Il est tôt et le sommeil l'a peut-être déjà abandonné. Depuis plusieurs jours, il nous mène une guerre impitoyable. Jamais il ne pourra nous chasser. Nothing can go wrong possède une assise coulée qui nous rassure, mais un rythme appuyé et une urgence qui nous ramène à la précarité même de notre existence. Le morceau tourne dans nos occiputs. Mes antennes suivent la piste. La nourriture est à proximité.


Il est réveillé. Il nous repère aussitôt, fond sur nous et entreprend de nous écraser, frappant la troupe de ces colossales chaussures. Pour ne pas céder à la panique, nos phéromones diffusent Révolution, un titre obsédant avec sa phrase répétée en boucles. Il ne faut penser à rien, juste se mouvoir le plus rapidement possible et se mettre à couvert. Les lignes claires de clavier ont quelque chose de contrarié, cette simplicité est fausse et le message trompeur. Autour de moi, mes frères sont aplatis par dizaines.

 

La concentration de messages d'alertes en provenance du corps de mes frères mourants provoque une frénésie chez les survivants. Nous nous précipitons vers les rocs de gâteau qui ont glissé sous la gazinière. Dans nos têtes, un sentiment d'urgence, une peur ancestrale et Castle of heroes. Nous sommes des héros en un sens, des héros qui chassent la peur et ravivent leur confiance en hurlant silencieusement ce titre furieusement Fat Boy Slim grande époque. Ces ruptures, breaks et ponts nous aident à soulever la nourriture et trouver le courage de sortir de l'abri. Nos chances d'en réchapper sont aussi minces que nos pétioles.

 

Nous traversons le champ couvert de nos frères écrasés. Nous sommes devenus des machines. Machine tapisse d'ailleurs nos esprits. Les pieds s'abattent sur nous, les phéromones saturent l'atmosphère, nous avons oublié nos âmes. Le chant précipité et les sons hachés amplifient notre panique, mais lorsque les claviers ensoleillés déferlent, l'espoir se profile. M'accrochant à ce rêve, je parviens à passer sous la porte, mon bloc de gâteau entre mes mandibules.

 

Je sors complètement épuisé de l'épisode. Je suis quasiment seul, quelques camarades me suivant à peine au loin. J'ai triomphé mais c'est une défaite collective. Je désire un morceau qui m'aide à ne plus penser à rien. Higher state. South Central a réalisé quelque chose d'assez rare dans le monde de l'electro: la reprise d'un titre. Il n'a pas samplé une partie mais a réinterprété ce hit de Wink. Peut-être la plus belle ligne de clavier jamais écrite, en tout cas la plus efficace, la plus sauvage, l'intemporelle. Comme l'original, les South l'ont noyé de distorsion. J'ai besoin de saturation et d'exagération, d'une décharge primale et maximale d'énergie. J'ai besoin de Higher state.

 

Je reviens à la maison, creusée dans la terre meuble d'un chèvrefeuille. Je suis accueilli par les gardes, puis les ouvrières viennent nous délester de nos charges. Seulement une vingtaine de participants à la razzia y ont résisté. Il va passer son balai sur les centaines de nos frères morts et les jeter à la poubelle. Cette nuit, peut-être irons-nous les chercher. En attendant, sous le soleil brûlant, nous nous recueillons en écoutant Dolls, un titre apaisant, presque.

 

La nuit tombe. Je suis de nouveau dans sa maison. J'ai pisté la piste des phéromones et suis revenu. Je le vois, assis à sa table, dans sa cuisine jaune. Il écrit. Disons qu'il relit quelque chose en fumant. Pas de bières devant lui. Ses gestes seront moins hésitants, il ne fera pas tomber de nourriture au sol. Pas un bruit dans cette cuisine, à part quelques touches de claviers pressées, de temps à autre. Crystaling roule dans ma tête, et mes pensées suivent son rythme et son évolution, montées, descentes, passion, calme, colère. Il veut me tuer et je le vomis et pourtant nous nous retrouvons autour de South Central et The owl of minerva, la plus belle chose entendue chez lui ces derniers mois.
Par Ndaref
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Vendredi 3 octobre 2008



Mieux vaudrait ouvrir le lecteur...

  

 Je n’aime pas les plantes. Aussi, le jour où j’ai reçu un ficus pour mon anniversaire, ma première idée fut de le jeter à la poubelle. J’étais devant le container à ordures et aller jeter le ficus dedans lorsque je fus pris de pitié. Au fond, c’était un être vivant et l’idée de le voir écraser par la benne révoltait mon petit cœur d’adulescent. Alors, je l’ai remonté chez moi.

Je n’y ai jamais prêté attention. Je ne l’arrosais pas, le laissais au courant d’air et jetais mes mégots dans sa terre. Pourtant, le ficus restait couvert de feuilles d’un vert intense. Je n’ai vraiment pris conscience de cela que le jour où je n’en remarquais plus aucune. Elles étaient tombées et pourtant pas une ne traînait au sol. Tient, il est mort ai-je songé.

Le lendemain, le ficus était couvert de feuilles roses. Elles étaient aussi nombreuses que les vertes et avaient repoussées en une nuit. Même en ayant des connaissances en arboriculture limitées, ces feuilles roses me surprenaient. Les amis qui venaient chez moi, plus versés dans le métal extrême que la photosynthèse, croyaient que je me jouais d’eux. Ouais ouais, change de disque, me conseillaient-ils.

Toujours est-il que le ficus n’arrêtait plus de changer de couleurs. Chaque jour, une nouvelle parure. Des fois il était bleu, d’autre fois rouge, parfois noir, mais il pouvait aussi arborer des teintes camouflage ou façon tissu écossais. Selon son humeur, il se métamorphosait sous mes yeux, passant du pourpre profond au jaune clair, une véritable animation. Je ne cherchais plus à expliquer ce fait. Après tout, c’était peut-être juste un ficus spécial.

Un jour, j’ai eu une amie. Cette amie m’a permis de renouer avec les choses de l’amour. Elle m’a aussi rappelé que vivre avec quelqu’un apporte beaucoup de satisfactions et nécessite autant de concessions. Une des choses qu’elle appréciait le moins chez moi était, outre ma tabagie, mon avarice, mon égoïsme et mon sexe ridiculement court, la musique que j’écoutais. L’air de rien, elle m’obligea à épurer ma discothèque. Mes amis, qui sortaient de chez moi les bras chargés, étaient contents. Moi moins, mais je l’aimais.

Les choses étant ce qu’elles sont, nous en sommes venus à nous disputer bien avant la fin de la période dite de découverte. Un soir, un épisode particulièrement éprouvant l’a conduit à ouvrir mon lecteur CD et sortir le disque qu’il contenait. Il s’agissait de Women, joué par Women. Un album très intense, liant tous les sentiments, capable de passer de l’ambiant à l’indus, lier tout cela et partir aussi bien vers la pop, le rock inde, le psyché. Une sorte de grand écart entre les Beach Boys et Sonic Youth en passant par Simon and Garfunkel. Difficilement classable mais ce qui fait justement tout son charme. N’appartenant à aucun courant, cet album ouvre au voyage et jamais ne lasse. Sans en avoir fait mon disque de chevet, je prenais beaucoup de plaisir à l’écouter. Il avait au contraire tendance à porter furieusement sur les nerfs de mon aimée. Eh bien, elle a cassé le disque sous mon nez. Pas étonnant que t’aimes cette musique de tarés, dit-elle en claquant la porte.

 La conséquence la plus immédiate est que mon ficus, que j’avais rangé sous mon canapé car il foutait les jetons à mon ancienne chérie, en a éprouvé une peine manifeste. Je le délogeais pourtant intact de ses semaines passées dans l’obscurité et la poussière. Dès le lendemain, ses feuilles se sont mises à tomber pour ne plus repousser du tout. Il s’est recroquevillé, ratatiné. Sa terre, qui n’avait jamais vu d’eau, a été rendue à l’état de poussière. Il n’était plus qu’une vilaine branche enfoncée dans un vieux pot marron.

Ce truc déprimant est resté dans mon salon un moment. Un jour, un de mes amis m’a prié de venir le débarrasser de quelques disques. Il avait une nouvelle copine. C’est ainsi que j’ai retrouvé Women, par Women.

De l’instant où j’ai passé le disque, le ficus est revenu à la vie et a repris ses manifestations kaléidoscopiques. Au fond, tout cela est-il peut-être lié…

 
Par Ndaref
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Mardi 30 septembre 2008

 

Nous sommes dans le salon de mon ami. Cet idiot porte une attelle. Pour impressionner sa fille, ce stupide quadragénaire lui a emprunté sa trottinette, arguant qu'il était capable de sauter par-dessus une fontaine. Il n'a pas eu l'occasion de prouver ses talents d'homme volant, puisqu'il a cascadé de la trottinette durant sa course d'élan. Résultat: une main cassée, un genou en compote et un coude douloureux.

Pourtant, mon ami sifflote, arborant l'air du ravi de la crèche. Qu'est-ce que je fais là? Il m'a convoqué pour une raison qu'il refuse d'évoquer. Elle va arriver, prédit-il.

 

Elle, c'est la créature envoyée par sa mutuelle pour pallier ses carences. Il en a de multiples, mais elle ne se rend ici que pour celles concernant le ménage. Une magnifique rousse entre dans le salon en claquant la porte et hurlant un bonjour à réveiller les morts. Elle pose sac et veste sur une chaise et s'étire avec la grâce d'une chatte. Sa beauté est impressionnante. Elle ôte son pull et nous dévoile un spectacle à couper le souffle. Je vais faire la vaisselle, crie-t-elle. Ca vous gène pas que je mette de la musique? beugle-t-elle. Nous n'avons pas encore répondu que le son empli la maison.

 

Elle accompagne les mélodies en les braillant. Elle chante faux, d'une voix curieusement basse. Logiquement, cette performance devrait se révéler insupportable, mais pas dans ce cas. Avec elle, on comprend vite qu'on est capable de tout supporter. Nous l'écoutons, subjugués. Pour la maintenir plus longtemps, mon ami invite toutes ses connaissances à souper ou salit délibérément la vaisselle. Penchée vers l'évier, elle s'échine en bramant, nous présentant le plus beau spectacle de la création.

C'est quoi cette musique? je finis par demander à mon ami. Aucune idée, rétorque-t-il en s'essuyant la bouche sans perdre de vue la sculpturale rousse.

 

Ni une ni deux, je me lève et rejoins cette bombe. Pas sans bafouiller, je répète ma question à son intention. Elle m'adresse un sourire gigantesque qui me cloue sur pied. Absentee, répond-elle. Leur second album. Des mélodies incroyables. De la pure tristesse, des sentiments extrêmes. Prends la télécommande, mets la 5, Love has had its way. A vous arracher le cœur! On dirait une sorte de Tom Waits rencontrant Léonard Cohen dans la cave de Nick Cave. Ouah… ça me fout la chair de poule, avança-t-elle en levant son bras. Je me concentre sur ce membre, et non l'obus pointu que le geste soulève. Puis, après avoir chantonné quelques mesures, d'une voix toujours aussi horrible, elle s'arrête, rit, finit de rincer des couverts tout en me dévisageant. Heureusement, tout n'est pas aussi fatidique, reprend-elle, sinon je pourrais pas bosser. Mets la chanson d'ouverture, Shared. Fantastique cette histoire d'amour dans une ambiance à la JAMC transposée chez Johnny Cash. On dirait une reprise d'un titre fantôme de Darklands enregistré en Alabama, avec dénouement bruitiste à la clé. Et passe à la 2, Boy did she teach you nothing? Là, c'est un standard pop-rock, imparable, obsédant. Comment résister à ces 2.43mn de bonheur? Tiens, allume la TV, il doit être diffusé à cette heure…

 

 

 

Pas mal hein, avise-t-elle quand le clip s'achève. Tu comprends pourquoi j'ai du mal à m'en passer? Tout le disque oscille entre pop, mélancolie et rock. C'est entraînant, triste, déprimant, réconfortant. Il y a des guitares, des cuivres, des cœurs et cette voix… Ouah, cette voix! tremble-t-elle. Je compte approfondir la question Absentee, mais soudain elle s'essuie les mains, extirpe le CD du lecteur, ramasse ses affaires, s'habille et lance à mon ami que c'est bien assez le ménage aujourd'hui. Lui, comme sous l'effet d'une drogue hypnotique, se contente d'opiner du chef. Elle part en trombe.

 

Rentré chez moi, je vérifie que j'ai bien la même mutuelle que mon ami. Chose faite, je cours chercher un marteau à la cave et me casse la main.

 

Par Ndaref
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Lundi 22 septembre 2008

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- Ma chère Maryse, je vous propose aujourd’hui de vous attaquer à la confection d’un plat délicieux qui fera le régal de tous les amateurs de bonne chairs, j’ai nommé le ragoût Bloc Party, que les fans ont popularisé sous le nom d’Intimacy.

- On m’a en effet dit qu’il est exquis, mon cher Jean-Pierre ! Mais cette recette sera-t-elle à la portée de tous nos téléspectateurs ?

- Assurément, ma chère Maryse. Bien, pour ce plat de quatre personnes, nous allons sélectionner une base pop tendre et fraîche. Attention, j’insiste, et j’insisterais toujours, sur la qualité de la viande. Il faut la préférer saignante sur l’étal des charts. Celle que vous choisirez, en vous faisant conseiller par votre boucher, doit combler les sens immédiats mais néanmoins posséder une longueur en bouche et révéler plusieurs arrière-goûts à la dégustation. Un bon Bloc Party ne peut s’en dispenser…

- Intimacy présente-t-il toutes ces caractéristiques ?

- Assurément, ma chère Maryse. Mais commençons par laisser tremper les compositions dans la marinade froide pendant une nuit. Au petit matin, vous aurez la surprise de voir surnager le superflu et le rabâché. Les morceaux obtenus sont certes conformes à du Bloc Party, et c’est précisément ce que les gastronomes recherchent. Ils possèdent toutefois quelque chose de plus, l’évolution induite par tout caractère nerveux…

- Vous avez tout à fait raison, Jean-Pierre. Quelle belle viande ! On en salive d’avance…

- Tenez goûtez-moi ça.

 


- Aussi beau que bon ! Alors, où en étions-nous ?

- Une fois ces morceaux trempés, il convient de les égoutter, les faire revenir, réaliser une petite liaison à la farine et verser la marinade. Regardez comme cette pop prend des couleurs et diffuse ses aromes. On sent des parfums bien rock. Goutez-moi ce Ares d’ouverture. N’est-il pas appétissant avec ses percussions endiablées et sa guitare tonitruante. Et ce One mouth off, goûtu, non ?

- Délicieux ! Mais n’est-ce point de la new wave que je renifle là ?

- Quelle organe, Maryse ! Et ce fumet de punk froid, parfaitement délectable. Notez par ailleurs une exhalaison dansante qui fera se trémousser de plaisir tous les jeunes gens modernes.

- Ne se sont-ils pas détournés de Bloc Party ? Un de mes amis chroniqueurs ne cesse de…

- Ah Maryse, n’écoutez jamais ces tristes personnages ! Les jeunes gens modernes ont certainement été déroutés par la popularisation d’une formation qu’ils auraient aimé conserver pour eux-mêmes, sans doute troublés par un second album qualifié de maussade, ils risquent cependant d’apprécier ce troisième effort à sa juste mesure. Tenez, nous allons maintenant cuire en cocotte lentement cette pop. Deux heures devraient suffirent. Vous assisterez tout à l’heure à la métamorphose opérée. La pop, quoique gorgée de saveurs, sort bouleversée de la cuisson. Par effet catalyse, l’électronique relaie et soutient l’organique, le suppléant carrément sur certains morceaux, come Zephyrus par exemple.

- Un morceau très liturgique…

- Trop dirais-je, mais assez représentatif du labeur réalisé en cocotte. 10 minutes avant la fin, pensez à ajouter les pommes de terre coupées en deux. Vous verrez, c’est formidable : les morceaux en sortent pré-remixés. Vous vous souvenez sans doute que Bloc Party avait occupé les tables des clubs du monde entier il y a quelques années avec Banquet ? Ils entendent renouveler les agapes et nous servir d’aussi mémorables plats… A propos, passez-moi celui-ci Maryse.

- Tenez. Oh, quelle merveille !

- Oui, le ragout Bloc Party est toujours réussi. Nous pouvons passer à table. Bon appétit !

 

Pour 4 personne(s)

10 titres pop fendus en deux

1 litre de bon vin rouge rock pour la marinade

2 electro oignons hachés

3 gousses d'ail digital écrasées

Un bouquet dance garni

3 clous de girofle punk

2 carottes coupées en rondelles new wave

Pommes de terre pelées en studio

Par Ndaref
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