Comment défendre un disque ayant une telle vision putassière de la musique? Vaste
question. Après avoir tenté plusieurs tournures, le rédacteur du papier décide de tout poser d'emblée. Boylife est un disque commercial. Boylife est un opus coincé entre
dancefloor, radio FM et setlist de jeunes hommes branchés. Boylife ne procure pas plus de
piste de réflexion que les tout premiers essais de Depeche Mode ou Visage. Boylife est 100% digital et semble avoir été enregistré à
base de sons intégrés d'origine aux claviers. Boylife
n'est aucunement novateur. On a par moment l'impression d'entendre OMD, pas mal de
trucs genre Yazoo ou Erasure, énormément Pet Shop Boy. Boylife contient des chansons que
Kylie Minogue n'a pas encore chantées. Boylife en fait parfois trop,
notamment dans l'existencialisme urbain, et le chanteur pas assez, ce dernier étant limité, voire carrément à côté à de multiples reprises. Boylife est un intitulé d'album mais aussi une chanson, qui s'avère être la plus mauvaise du disque, genre la
Danse des canards remixé par DJ Hell, style. Et pourtant Boylife provoque une étonnante addiction. Comment dès lors expliquer ce fait?
Premièrement, les chansons. Au nombre de onze, elles ont le bon goût d'éviter le
gâchis et l'ennui. Elles sont simples et surtout efficaces. Elles sont construites en fonction de la notion d'impact maximal, bien que leur écriture intègre une certaine propension à la surprise.
C'est ainsi que, quoique linéaires, peignant une unique ambiance, ces morceaux évoluent et s'emballent. Enfin, selon le critère ultime de la pop, des mélodies évidentes, de véritables aimants qui
absorbent toute résistance. Faciles, peut-être, encore fallait-il les trouver, et les présenter d'aussi belle manière... Même pas une prouesse, mais quel groupe aujourd'hui peut se targuer d'en
réaliser?
L'autre avantage de Lo-Fi-Fnk est de s'avancer sans se cacher. Flattant les plus
basiques instincts - danse, sexe, absence de réflexion - Boylife ne peut rivaliser en terme de
noirceur avec un groupe de salvateurs penseurs tel Radiohead. C'est justement cette fascination du rose virginal et l'absence absolue de tout second degré qui sauve le disque. Les suédois y vont
carrément, sans se chercher d'excuse, pas en clignant de l'œil comme, au hasard, cette pauvre Madonna 2008. Ces gaillards s'assument. Avec leurs machines réglées sur youpi, ils ne visent qu'à
apporter un maximum de bonheur instantané aux gens. Le bonheur étant difficilement conciliable avec le death metal ou la tekno minimaliste, le ton est résolument club, à savoir excessivement
dansant, d'où kick énorme et basse suramplifiée, l'ensemble surmonté d'entrelacements de claviers sur nappes synthétiques. C'est moderne, vintage, sans époque.
En somme, ce disque vieux de deux va rester encore un bon moment splendidement
nouveau. Vous devriez peut-etre le tester un moment avant de le rejeter en bloc.
http://www.myspace.com/lofifnksweden