Découvre la bande son (presque) intemporelle de (Presque) Fameux!
Des Beatles à Napalm Death, de Nirvana à Dutronc, viva el best-of évolutif en lecture aléatoire live!
Nous voilà coincés dans cet embouteillage. Déjà pas une partie de plaisir en soi, on imagine que la situation prend une toute autre dimension quand celui qui conduit n’est autre que votre boss, el pendu, rédacteur en chef de son état. Alors que je contemple à travers la glace le spectacle réjouissant de piétons sous le déluge, el pendu fulmine.
D’abord, l’interview dont nous revenons, qu’il imaginait exclusive et qui n’a pas excédée la demi-heure syndicale. Pas de scoop, rien de croustillant, n’achetez pas le prochain (Presque) Fameux.
Ensuite, et plus grave à ses yeux, cette anicroche de la veille avec un de ses collègues critiques. el pendu participe à une émission télévisée où, dans une cave, entouré de chroniqueurs célèbres, il pérore sur l’actualité musicale. Hélas, un différent l’a opposé au plus cathodique d’entre eux, débat d’où il est non seulement sorti vaincu mais ridicule. Depuis, il tempête.
- Tu as entendu les sinistres arguments que ce triste pitre a avancé ? demande-t-il en pressant le klaxon d’el coche, notre voiture de fonction. Un mec qui a jugé des candidats même pas nubiles dans un télé crochet !
Alors qu’il insulte un scootériste l’ayant paraît-il serré, j’enfonce un CD dans le lecteur.
- C’est quoi ce truc ? rugit-il au bout de vingt secondes.
Je lui présente la pochette.
- Ouais… On a failli en parler l’autre soir, avec ces foutus ploucs. Un dernier vote par mail a préféré évoquer le disque irritant de minus californiens. Une erreur. Je n’ai pas vraiment écouté celui-ci, mais j’ai capté qu’il contient un hit énorme. Mets la 3.
Je m’exécute. Sideways here we come retentit.
- Voilà ce que j’appelle une chanson, s’exclame el pendu. Tout fonctionne avec une telle évidence, et quelle puissance ! Tu pourrais l’écouter une journée d’affilée sans te lasser, rare performance, ça. La plupart des groupes qui nous environnent ne possèdent le dixième de leur talent. Triste époque. Passe à la suite.
Je carotte le disque.
- Une approche intéressante, parfois une véritable performance. La production est vintage et pleine de souffle, on sent qu’ils ne misent pas leur devenir sur l’approche technologique. Leur son s’intercale entre The Cure pour la basse massive et celui des extraordinaires Tokyo Police Club en raison de l’usage tout particulier de la guitare et de la batterie. Quoique original, tout ça demeure toutefois lié à une certaine scène, ces jeunes néozélandais se piquant visiblement de punk, pop et cold wave. Le plus remarquable est qu’ils parviennent néanmoins à retourner les clichés pour produire des titres excitants et dansants, enfin presque tous. Ceci dit, une classe manifeste. C’est une bonne idée que tu me fasses souvenir de Promises promises, Ndaref…
Je regarde el pendu. Cet être irritant est un exemple manifeste de schizophrénie. Je déteste ce poseur dictatorial le plus clair du temps, mais apprécie lorsqu’il parle musique, science qu’il maîtrise sur le bout des doigts. J’adore alors son contact, la façon qu’il a d’analyser n’importe quel disque à la volée, remontant le fil de ses inspirations avec une exactitude rarement égalée. Il sait aussi s’émouvoir et redevenir petit enfant, souriant benoîtement à l’écoute d’opus le ramenant vers ses jeunes années. Parfois, j’aime mon supérieur, surtout lorsqu’il manie spiritualité et encyclopédisme.
- Et puis, merde à tout ça… Tu sais, je me sens parfois vieux pour parler encore et encore de musique. Par exemple, j’écoute ce groupe, le trouve bon, alors qu’auparavant il m’aurait semblé extraordinaire. Mais j’ai entendu tant de choses depuis mon adolescence et j’ai si bonne mémoire que je ne peux pas me laisser duper par la première chose bien tournée. J’en souffre, en fait. Il me semble qu’une partie de la magie s’est évanouie et que, pour la retrouver, je devrais me pencher vers de nouvelles activités, la littérature, par exemple. Les mots m’appellent, Ndaref, je me sens la force de me risquer à les sublimer, peindre avec eux des paysages inexplorés. Mais mon pote, je risque pas de lâcher l’affaire avant d’avoir fait ravaler ses grotesques Ray-Ban à l’autre taré !
Il klaxonne.
Exclusif !! Nous possédons la seule vidéo où el pendu était absent de sa réunion de rock critiks désanonymes !! Un document édifiant sur les mœurs tourmentées de ces animaux malades !!