Fameuse radio!


Au fait, retrouve (Presque) Fameux sur
et le (presque) Myspace
Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /Jan /2009 13:30


 

 

Ce matin là, il neige. J’observe un long moment les flocons tomber dans ma rue sale, puis décroche mon téléphone et appelle la rédaction. Peux pas venir, bloqué, ne comptez pas sur moi, aujourd’hui. Les perturbations, ça a parfois du bon.

 

Je me recouche. Vers 13h, lorsque j’émerge, une épaisse couche de neige recouvre le macadam pollué de la rue. Je n’ai pas faim, plutôt froid. Je suis seul. Peut-être aurais-je dû accepter de jouer le jeu et m’évertuer à la retenir. Je ne comprends pas comment les autres font. Sans doute sont-ils portés par le sentiment amoureux, à moins qu’ils obéissent à un strict mécanisme physique. L’amour m’a pour ma part tellement fait souffrir que je l’ai éradiqué de mon esprit. Je n’éprouve aucune nostalgie ni sentiment d’abandon. Les choses sont ainsi et c’est parfait, presque parfait.

 

Je ne fais rien de précis pendant trois bonnes heures. Je suis couché et j’observe tomber la neige. La circulation s’atténue peu à peu, les bruits sont étouffés, une ambiance cotonneuse emprisonne la ville. Je m’habille et sors en direction du bureau de tabac du coin. Les braillards qui zonent là d’ordinaire parlent évidemment du temps en avalant des demis de bière. Je me pose au comptoir et déguste mon café en les écoutant. Aujourd’hui, on peut fumer à l’intérieur. Des cristaux glacés tombent sur la ville et tout est modifié.

 

Je rentre à la maison. J’ai du temps devant moi mais aucune idée sur la façon de l’utiliser. Me coller à mon roman serait une chouette entreprise. Hélas, la routine m’impose de ne commencer à écrire qu’à partir de 19h, et il est un peu tôt. Surfer sur le net me rebute. Jouer à la console ne me dit rien. Alors, je vais à l’endroit où j’entasse les disques que je dois écouter. J’en prends un au hasard. Sa pochette, superbe, n’évoque aucun style particulier. A peine en déduit-on que ceci n’est pas un opus de brit pop ou de r’n’b. Le nom fait penser à celui d’un navigateur portugais. Je glisse A fire to scare the sun dans le lecteur et me pose sur une chaise, face à la fenêtre.

 

La voix de De Barra m’emporte aussitôt, à l’image des langues de vent balayant les cristaux. Comme ces courants d’air glacés, ce timbre peut monter très haut et tutoyer le ciel. Pris dans ses poignantes turbulences, je ne suis plus qu’une particule de glace, une simple molécule bousculée par la tempête. J’ai beau me savoir en terrain connu – De Barra évoquant plus que sûrement Jeff Buckley, parfois Springsteen – je n’en reste pas moins égaré. De Barra se place à nu, s’accompagnant seulement d’une guitare, parfois de cordes. Dépouillée, ses compositions sont d’une fabuleuse puissance, certaines évoquant rien de moins que cette merveille de Build a home, pièce maîtresse de Ma fleur, du Cinematic Orchestra.

 

La nuit commence à tomber, les réverbères s’allument, et une étrange couleur orangée imprègne désormais la rue. A fire to scare the sun recommence une énième fois, et je suis ailleurs. La neige est tombée, s’est accumulée et même s’il chante dans ma maison, l’humanité parait avoir disparu. Cet opus triste, sombre mais intense, furieusement gorgé de sentiments, est la bande son idéale de cette journée isolée. En compulsant le dossier de presse, j’apprends que Declan de Barra est irlandais, pas portugais, et que A fire to scare the sun est son second album. Je me sens soulagé de l’avoir écouté, comme s’il avait capturé toutes les mauvaises ondes qui m’accablaient.

 

C’est l’heure où normalement je rentre du boulot et écris. Pas envie. Je saisis mon portable. Hey, babe, ça fait un bail, pas vrai ?


Par Ndaref
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