Découvre la bande son (presque) intemporelle de (Presque) Fameux!
Des Beatles à Napalm Death, de Nirvana à Dutronc, viva el best-of évolutif en lecture aléatoire live!
Au début des années 90, j'achetais un vinyle intitulé A Farewell To Arms. Je ne connaissais aucun des groupes qui y jouaient mais plusieurs éléments justifiaient ce choix. Le premier est que la pochette était magnifique avec toutes ces armes nucléaires et missiles. La seconde est que le label était Nuclear Blast, entreprise allemande jouissant d'un grand crédit auprès des amateurs de violence sonique. La dernière est que ce vinyle était proposé pour 10F (1,5€). Les temps changeaient, les CD arrivaient et tous bradaient ces vinyles périmés qui leur prenaient tant de place. La FNAC cassait le prix d'objet qui la veille coûtaient un bras et même les boutiques spécialisées, comme celle où je trouvais mon bonheur, participaient à un engouement qui, franchement, me laissait plus que sceptique. Bénissons toutefois cette période, qui m'a permis de faire mon marché à bas tarif.
Aujourd'hui, le vinyle A Farewell To Arms, publié en 1988, s'arrache à près de 30€ sur eBay. Si cet objet est devenu culte, c'est que le disque supporte le courroux musical de quelques formations (presque) fameuses du Japon, Gauze, The Execute, Gastrunk, Outo et surtout Lipcream. Cette formation qui ouvre le disque m'a toujours paru survoler les autres, attroupement de fous furieux produisant un pur boucan entre death ultime, core ultime et noise ultime. Lipcream, tout féroce qu'il soit, conservait une accroche mélodique, qu'il concassait à l'envi, produisant une pop transgénique obscène de violence et d'hystérie, à l'instar de leur grand succès, le fameusement nommé Kill ugly pop.
Des années plus tard, Skinhead OM me tend une compilation japonaise. Je l'empoche, plusieurs éléments justifiant ce choix. Le premier est que la pochette est magnifique et qu'il me tarde d'ouïr ce qu'ont pu commettre les cousins nippons en une quinzaine d'années. La seconde est que le label est Relapse, entreprise américaine jouissant d'un grand crédit auprès des amateurs de violence sonique. La dernière est que ce CD m'est proposé pour 0€ (0F). Pour moi, le grand bouleversement en une quinzaine d'années est que je n'ai plus à payer mes disques.
Les japonais n'avaient guère changé en près de deux décades et ils conjuguaient toujours l'ultime sur tous les rythmes. Le tendance 2003 était au grindcore, concasse concasse et concasse encore, spécification avalisant le patronage de Relapse, boîte spécialisé dans le moulinage. Cependant, au milieu de tant de fracasse pilonne annihile détruit, un groupe impose sa magnifique évidence. Muga. Comme Lipcream, dont il s'éloigne considérablement, Muga ouvre l'horizon et le peint à sa façon. Le peint en noir. Avec des éclairs. Et beaucoup de tonnerres. Muga sidère par son calme qui gonfle soudain en tempête. Le chant à deux voix, un homme des cavernes et une femme rauque, comme chez les mythique F-Minus, est porté par des constructions habiles, évolutives, s'échafaudant entre métal et hardcore. Le plus de Muga est son incontestable apport d'émotivité. La fulgurance mélodique qui embrase tout morceau n'est pas facilité, accessoire, argument, mais féroce déchirement, penchant nécessaire, recours obligé. Il y a de la tragédie dans l'air, du désespoir, de la triste magnificence. Un abandon forcené. Une abnégation qui force le respect. Muga.