L'ennui avec les groupes extrêmes est qu'ils sont cruellement dépourvus d'humour. Imaginez-vous par exemple Terry King, mythique guitariste de Slayer, arpentant la
scène avec un t-shirt à l'effigie de Buster Keaton ? Effectuer un solo avec des palmes ? Se lancer dans une reprise de Freak
out ? Pas la peine d'y songer. Comme tant d'autres, Slayer est figé dans ses codes, prisonniers de son monde.
Mais Terry King et les siens sont de l'ancienne école, celle qui a fait fortune en vendant par palettes des disques de noir vinyle. Et puis Slayer n'est pas le plus
suffisant de tous les groupes metal, ni d'ailleurs le plus extrême. Comparé à Mortician, Slayer joue même de gentilles bluettes.
Ah, Mortician... Nous avons toujours ramené par devers nous les compilations où leur nom apparaissait. Ceci étant, lorsque que Skinhead OM nous a abandonné un de
leur CD, leur judicieusement bien intitulé Hacked Up For Barbecue, le
groupe a cessé de nous fasciner. La raison est simple. Ecouter deux titres de Mortician disséminés parmi d'autres est bonheur. S'envoyer une vingtaine de morceaux de leur cru d'affilée une
torture. Précisons que nous touchons avec Mortician les limites d'un genre. Le groupe, duo appuyé par une boîte à rythme, n'a que deux morceaux : un lent, écrasant, laminant, effrayant de
pachydermisme, et un rapide, où la dite boîte à rythme est bloquée à fond de fond. Le chanteur ne vocalise pas. Il rugit, brame et râle. L'inspiration est à chercher du côté des films d'horreur,
dont des extraits sont allégrement samplés. Bref, dans le genre ultra deathgrind horrifique, Mortician est le must. D'ailleurs, un clip parle mieux que des milliers de signes (de croix) (que de
temps perdu en vaines paroles ! Et où est la pub ? - el pendu).
Heureusement, le genre extrême n'abrite pas qu'une armée de gens voulant se faire passer pour aussi dur que queues de homard vendues chez Picard. Ce style héberge
même de fameux trublions en la personne des Blood Duster. Certes, chez eux la violence est incontournable. Constituée en 1991, la formation a derrière elle douze ans d'expérience de pur boucan
quand elle signe ce disque éponyme. Douze ans à produire du gros grind, du lourd hardcore et du pesant death, seigneur, cela doit vous déformer un cerveau plus puissamment que douze années de
boxe (matériel en vente chez Décathlon). Pour autant, les australiens ont sorti en l'an de grâce 2003, année maudite, rien de moins qu'un standard. Et si Slayer a puissamment rénové le metal, BD
a rapproché certains de ses courants avec une maestria depuis rarement égalée.
Pouvez-vous imaginer un grand écart entre le deathgrind et le rock blues ? Bien sûr que non, et voilà l'intérêt de lire pareil blogzine, publié gratuitement
chez Overblog. Pourtant, tel est bien le talent de BD. Prenons les trois morceaux d'ouverture qui, comme chacun le sait, résume tout disque. La fiesta commence avec ForThoseAboutToFuck, détournement du minable For Those About To
Rock, de qui vous savez. Si le morceau lui-même n'est que prélude, il envoie un puissant message à l'auditeur : l'Australie est la nouvelle Sodome
et les BD ses turgescents messagers. Le premier vrai morceau est une onctueuse décharge de bestialité, une ode à la furie, un totem de haine. Ce grind estampillé ouvre ensuite au vrai génie du
groupe : chanter des chansons comme pouvait l'écrire un AC/DC vintage avec une voix death. Ca n'a l'air de rien pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. Retrouver un groove rock
aussi impeccable pour l'appréhender avec un timbre de monstre des catacombes confine au grand art. Enfin, chez nous.
Bref, en trois titres, BD confirme son bon goût, assoie son talent du panachage et montre une honorable constance quant à l'inspiration. Le groupe signe des odes à
l'amour tels CockJunkie ou DrinkFightFuck, des déclarations romantiques comme IWanaDoItWithDonna (le tube !) ou
SixSixSixteen (l'autre tube !) et des peintures lucides ou sublimées de l'existence (TonyGoesToCourt, DahmerTheEmbalmer,
She'sAJunkie...). L'album est conclue par un blues furieusement décalé, aussi surprenant et irrésistible que
Great day for skating où les Satanic Surfers (hello Rodrigo !) s'imaginaient Rolling Stone. En bonus, que du
bon, du tendre et du curieux. Ce sont en ces annexes que se trouve la fameuse reprise du disque, un Let's Fuck emprunté aux canaillous de The Dwarves, finalement un joli résumé des intentions, tant dans l'approche musicale que l'appellation.
Bref, vous savez désormais pourquoi le foutrement bien intitulé Blood Duster est un (fameux) disque culte chez vous savez (presque) qui.