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Fameuse radio!


Au fait, retrouve (Presque) Fameux sur
et le (presque) Myspace

Qui es-tu, (Presque)?

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coooolagos

 


22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 13:43


 


Découvrez Mini Moustache!

Le week-end, personne n’a envie de fréquenter ses collègues ni même d’écouter de la musique allemande. La première assertion tombe sous le sens, tant elle donnerait l’impression d’avoir une vie si vide de sens qu’elle ne pourrait être comblée qu’à coups d’heures supplémentaires. La seconde est une évidence qui devrait en soi se passer d’exemple, si le rédacteur n’appointait au (presque) premier blogzine musical au monde. Ceci dit, qui a envie de se fader un Kraftwerk lorsqu’il est avec sa chérie, supporter la bourrinade lance-flammes de Rammstein ou écouter les nouveaux Scorpions poppy de Tokyo Hotel ? Pas moi (bien que j’ai fort apprécié les teutons de Die Mimi’s).

Et pourtant, je l’ai fait.


Jean Polonais, collègue appointant à la section Droit et Questions fiduciaires de la boîte, fête son anniversaire dans sa maison de campagne. Je traîne des pieds pour y aller, mais m’en sens obligé, ne serait-ce que pour rentabiliser ma contribution au cadeau collectif (des chenets de cheminée chromés – n’importe quoi). Quoique nulle fiancée ne déplore mon absence, je me joins à d’autres collègues avec lesquels nous projetons de nous arracher sitôt les bougies soufflés, gâteau englouti, champagne essoré.


La première partie du programme se déroule effectivement de la sorte. Dans une chaumière humide de la banlieue d’une ville marécageuse, une quarantaine de personnes applaudit Jean Polonais soufflant ses 35 bougies avant de faire gentiment causette en dégustant un infect gâteau à la fraise. Arrive ensuite le champagne, tout aussi infect, qui provoque toutefois un chamboulement à ce point inattendu que les photographies prisent consécutivement semblent témoigner des nuits chaudes au Paillard Klub. Ce coquin de Jean Polonais avouera plus tard, oh le drôle, avoir saupoudré son dessert d’un psychotrope poussiéreux aussi prohibitif qu’excitant.


Sans savoir pourquoi, mais m’en sentant, sinon le droit, du moins le devoir, je me trémousse comme les autres sur une table. Torse nu, j’ondule du bassin et accompagne les mouvements lascifs de Mlle G., photographe attachée à (Presque) Fameux. Le DJ, un de ces prétentieux portant lunettes fumées, a été prié de disparaître avec sa détestable collection de MP3 ambiant minimal. A la place, Y., mon voisin de niche au taf, a extirpé le disque de Mini Moustache, et depuis le disco est en son domaine. Nous sommes Dans la discothèque, tel qu’ils le stipulent eux-mêmes. La charleston impose dorénavant sa loi, les textes français étant chantés avec un curieux accent. Mini Moustache, en fiers bataves, reprennent à leur compte tous les clichés français - femmes, danse, alcool. Ouvre ta blouse, Petit bistrot ou Oh chérie, voilà un parfait programme pour la bande d’allumés en train de mettre à sac le salon de Jean Polonais. Les chansons sont loin d’être toutes formidables, mais comment résister à une telle évidence, d’autant que conjuguée à pareil esprit porté à la fête ? Et puis, avouons qu’au bout d’un certain seuil de champagne, l’esprit n’a plus que faire de bon goût et de finesse. Même JN, d’habitude si pointilleux sur le son, voire chicaneur à propos de la validité des influences, se démène sur des titres de pure FM qui, mine de rien, ne vont pas sans rappeler la survendue nouvelle scène rock française, style Danse danse danse par exemple. Vive la fête !


Et puis, comme pour toute chose, l’effet de la poudre blanche décorant le gâteau s’est dissipé, au contraire des effets négatifs de l’alcool, rendus public. Gueule de bois avant l’heure. Je me suis demandé ce que je faisais dans les bras de la cousine de notre hôte, et j’ai retrouvé ceux avec qui j’étais venu, mâles hagards se posant peu ou prou les mêmes questions, l’objet de leurs questionnements portant sur d’autres partenaires, toutes aussi ahuries.

« Méchante boum ! » a hurlé P. en s’écroulant sur la banquette arrière, me broyant les cuisseaux. «De la dynamite !! » a maudit U., notre chauffeur, avant d’exploser de rire, mettre le contact, enclencher la première et continuer où nous en étions avec AC/DC. 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 12:43

      




 

 

Avec le temps, j’avais oublié combien ça pouvait être aussi fatigant. Se lancer à l’assaut de sa zone réclamait un pilonnage méthodique qui, s’il s’avérait concluant, me transportait vers l’avant, afin de l’achever. Il convenait durant mon assaut de garder le contrôle de l’échange, soit conserver voire affermir mon ascendant sur lui. Hélas, c’est mon adversaire qui le prenait un peu trop souvent sur moi. Souffle court et jambes raides, je ramassais les balles sous les considérations acides de M.

 

M. est un de ces loosers œuvrant à la comptabilité de (Presque) Fameux. Autant dire dans une section interdite à la piétaille, où les exploités se la jouent col blanc, élite et pré carré. Je ne sais plus comment j’en étais arrivé à jouer au tennis avec lui, sans doute suite à un défi relevé au cours d’une soirée arrosée. Depuis, chaque semaine, je me faisais laminer.

 

Pour ne plus endurer ses remarques assassines, j’avais enfoncé des écouteurs dans mes oreilles et mis de la musique. Les premières, d’obédience reggae, visaient à me faire oublier mon stresse et me relaxer, ce qu’elles provoquaient à l’excès. Déjà peu rapide, je ralentissais encore le pas et Dillinger ne m’aidait guère à me repositionner sur un lob bien ajusté. Les secondes tranchaient radicalement avec celles venues des îles, mais le résultat était pareillement désastreux. J’écoutais une sélection assez pointue où s’enchainaient F Minus, Anti Cimex, Downset et autre Napalm Death, concassage sonore qui me faisait frapper si fort dans les balles que je expédiais loin hors du court et qui conduisait mon organisme, le pauvre, à un épuisement rapide.

 

Les déroutes allant bon train, il convenait de trouver le bon aiguillon qui optimiserait mon moral tout en éloignant le spectre du dopage, tentation à laquelle j’étais sur le point de céder. J’exposais ce dilemme à quelques collègues triés sur le volet, un midi où je dévorais une pleine barquette de frites, lorsque Jean Chinois, spécialisé en musique carabéennes, me tendit le disque.

- Ce truc devrait le faire. Ils oscillent entre métal, hardcore, transe, pop et indie 90 avec une maestria impressionnante.

- Curieux choix pour des cubains…

- Ils viennent de Suisse. Une erreur de courrier. Merci Fear Factor.

 

Je comptais jeter une oreille avant d’arriver sur le cour de terre battue, mais divers contretemps (el pendu, el pendu et el pendu - gloire à mon rédacteur en chef !) m’en empêchèrent. Toujours est-il qu’après avoir salué l’autre gestionnaire, je cliquais sur on et commençais le match.

 

Autant l’avouer tout de go, la défaite fut aussi cuisante que d’accoutumée. La différence est que j’eu de splendides moments. Ils tenaient essentiellement à la puissance de la musique, condensé d’émotions passé au crible de l’expérience. Les membres de I.W. ne se contente pas, en vulgus tacherons, de marteler leur musique, ils en tirent une moelle substantielle qu’ils, prouesse, déclinent par strates évolutives. En somme, les morceaux sont longs, contrastés, magnifiques. Tout cela agissait directement sur mon jeu. Tout en ruptures, j’enfonçais sa défense à force coups droits massifs le long de la ligne puis, suivant le changement de tempo, fixais sur place l’autre grotesque grâce à un amorti volet derrière le filet. M. était dépassé. Hélas, I.W. interprète sur Prayers And Arsons des compositions bien trop cinématiques. Sur ce film sans images, les titres défilent, peignant des paysages sonores éblouissants, transportant dans des contrées d’une lumineuse évidence, provoquant un délicieux état hypnotique, paradigme des sens toutefois guère propice aux vicissitudes sportives. Quasi hypnotisé, je renvoyais les balles sans volonté de nuire, je me faisais promener de droite à gauche et de bas en haut, je tombais dans les pièges les plus grossiers. Ce disque, pure beauté galvanisante mais apaisée, s’avère (presque) parfait, mais pas du tout pratique pour jouer au tennis.

 

Lorsqu’il l’opus et la partie se sont clôturés, cet idiot de comptable, riant de moi, se rhabillait. J’ai hésité un instant à lui briser mon André Agassi vintage sur sa tête pleine de chiffres. D’ailleurs, peut-être l’ai-je fait…

 
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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 13:00





Tous les midis, les employés évacuent prestement le siège de (Presque) Fameux, l’abandonnant à la dizaine de malheureux devant rédiger urgemment une note ou réaliser une interview téléphonique. Ces misérables se sauvent eux-mêmes de ce lieu d’épouvante dès qu’ils le peuvent, le laissant définitivement à notre merci. Nous, ce sont les incompressibles, la matière grise défraichie et pourtant salariée, amalgamant tout individu ayant dépassé les 30 ans.

 

Nous buvons notre café dans le ventre de bête en évoquant les appendices laiteux de la nouvelle secrétaire d’el pendu lorsque JP, fier collègue, arrive en se tenant la bouche. Du sang perle de ses lèvres.

- C’est Fear Factor, dit-il en se posant sur une chaise.

 

Fear Factor, préposé au courrier, est du genre rustre. Aussi n’a-t-il guère apprécié la remarque de JP, venu le questionner.

- Je suis descendu dans son gourbi voir s’il n’avait pas reçu un courrier de Clac Record, une sacrée bonne boîte bordelaise. Une semaine que j’espère un colis, que l’autre malfaisant n’a toujours pas délivré. Vu que ce ne serait pas une première qu’il se mette un paquet dans la poche, je vais donc questionner cet abruti ambulant. Je le trouve un joint aux lèvres, rétorquant qu’il ne saisit pas le sens de ma requête - enfin il ne l’a pas exactement formulé ainsi. Je maugrée quelque chose et m’apprête à sortir quand je constate que 0800 s’échappe de son poste minable. Etant donné que j’avais entendu la chanson sur leur page MySpace et que l’autre amas de chair n’a pas encore découvert internet, j’ai vite capté que j’avais face à moi un voleur patenté.

 

Fear Factor apprécie peu d’être mis en défaut.

- Il m’a d’abord raconté que son cousin, le roumain qui trafique les cigarettes russes, le lui aurait offert. Quand je lui ai précisé qu’à la date d’envoi, l’opus n’était pas encore sorti dans le commerce, il m’a dit de dégager. Pas question. Je lui ai demandé de fermer un moment son clapet et d’écouter la musique. Franchement, qu’est-ce qu’un rustre comme lui peut avoir à faire d’un hip hop aussi délicat ? Comment un mec qui se saoule de basses si pleines de distorsions qu’elles s’illustrent au sommet du grotesque peut se piquer d’intérêt pour un duo de MCs s’exprimant sur une musique jouée live par un vrai groupe ? Où un féru de hip hop de rue, qui est à la mélodie ce que la dynamite est à la pèche, trouve son plaisir dans des textes malins et bien tournés, et des musiques ouvertes à plus d’influences qu’il n’a de neurones ? Ok, je peux à la rigueur comprendre qu’il prenne son pied sur Partis pour brûler ou Keskya, gros refrains, rigueur assassine et instinct basique revendiqué. Mais bon, I don’t mind et son ambiance big band, Efficace à l’imagerie visuelle pas conforme à la norme ou Sapritch m’a tuer et son clavier casse-rein, je pige pas. Bon, allez Fear, t’as chouré ce disque, t’as pas eu la main heureuse, rends-le moi et je fais te filer Snowgoons, tu vas voir comment ça va te…

 

En guise de réponse, Fear Factor lui expédie son poing, fermé pour l’occasion, dans le visage. A l’en croire, JP aurait été à deux doigts de le réduire en bouillie mais l’apparition d’el pendu l’aurait dissuadé de tel geste. Personne ne croit cet éhonté mensonge : el pendu ne sait même pas que nous possédons une section courrier.

- En tout cas, je vais pas lâcher l’affaire ! Une, je vais contacter les mecs de Clac, histoire de leur stipuler de tenir leurs promesses et m’envoyer enfin ce bon dieu de disque ! Deux, je vais aller trouver ce mongol de Fear Factor et lui dire ses quatre vérités. A moins que j’écrive une lettre anonyme à la direction, j’ai pas encore décidé… Enfin, la punition. Je veux une sanction exemplaire, quelque chose qui fasse réfléchir ce mastodonte à deux fois, quoique je doute qu’il arrive seulement à réfléchir à une. Je veux du brio, du grandiose, du magistral ! Un vengeur volontaire pour glisser du sucre dans le réservoir de sa Harley ?

 
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 13:39

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Installé devant mon écran, je rêve de beautés scandinaves en déclarant à tous les gêneurs, surpris à mon air pénétré, hésiter sur la tournure à donner à un papier. Passant outre cette barrière mentale, K. vient me déranger dans ma niche, me secoue par l’épaule et me prie de la suivre. Voici comment ma collègue et moi-même arrivons sur la passerelle métallique fixée au soixante-troisième étage de notre immeuble, palier de l’escalier de secours devenu salle fumeur.

 

Elle me tend la pochette d’un disque, Total Chaos – Freedom kills, avant d’exploser en sanglots. Est-ce donc si mauvais ? Tu n’y es pas du tout, réplique-t-elle. Et, sur ce ponton situé en plein vent, de me conter comment ce disque l’a replongé dans les arcanes de son passé. Une vie que j’étais loin de soupçonner.

 

- Le matin, mon premier geste était de finir ma canette, le second d’aller pisser, le troisième d’acheter mon petit-déjeuner, qui consistait en une grande rasade de houblon. Boire de la 8°6 dès le matin n’aide guère à avoir les idées claires mais ce KO perpétuel permettait de supporter la situation.

- Quelle situation ?

- 16 ans, en fugue, rebelle et complètement jetée. Je me suis retrouvée intégrée dans une bande de punks de rue. On bougeait de ville en ville, déchirés en permanence. Ëtre dans un état second permettait d’aller au-devant des gens et réclamer leur monnaie. Peu donnaient, mais tous nous observaient comme des zombies. Je portais l’uniforme : rangers, pantalons camouflage, t-shirt revendicatifs, cuir déchiré et bombé. Mes cheveux porc-épic tenaient avec de l’eau et du sucre, de la confiture, du gel surpuissant si j’en trouvais.

 

Je contemple ma collègue. Plus jeune que moi d’une dizaine d’années, elle est vêtue comme ma mère (hello maman !), ne porte aucun tatouage et s’exprime dans un français châtié (qui lui vaut de se frapper tous les mécréants de notre nouvelle scène française).

 

- Notre vie était dure et la musique que nous écoutions l’était pareillement. Nous n’avions pas connu les heures glorieuses du mouvement punk, mais la radicalité des descendants de nos héros nous comblait de violence. Notre vie était dure, mais il y avait des moments de réconfort. C’est ainsi que je me suis retrouvée enceinte à 17 ans. Quand Hugo est né, son père a rompu toutes se promesses et nous a laissé tomber. C’est là, seule dans cette maternité, que j’ai compris que j’avais fait fausse route. Je n’étais sans doute pas assez révoltée, ou trop lucide, ou pas totalement décérébrée. J’ai rasé mes spikes, jeté mes vêtements en loques, suis retourné vivre chez mes parents. J’ai décroché de l’alcool et autres parce que je l’allaitais. Je suis retourné à l’école, ai passé mon bac, suis allé à la fac. J’ai du réapprendre à exister. Aujourd’hui, je travaille à (Presque) Fameux et je suis vivante, maman, mariée.

- Super…

- Je sais que tu juges mon existence vide de sens. En un sens, tu n’as pas tort. Après tout ce que j’ai vécu, elle m’apparaît parfois comme une délicieuse impasse. C’est ce que m’a confirmé cet album. On baigne sous une pluie de disques en travaillant ici. Je n’écoute aucun évoquant cette époque, les rares passant par mes oreilles n’évoquant rien d’autre qu’un son mort, vide, creux. Mais là… Comme si on m’écrivait depuis la rue, comme si mes potes n’étaient pas morts, fous ou rongés de rancune. Comme si je les avais laissé la veille. Total Chaos fait la synthèse de tout ce que nous écoutions sur le gros poste K7, du punk classique, du punk pas mort, du punk hardcore et même du oi ! Lorsque j’ai glissé le CD dans le lecteur du monospace, j’ai eu l’impression d’être revenue sur le trottoir, à téter de la Stella en cramant du shit. Tout est là ! Ces canadiens synthétise la substantielle moelle du punk pour écrire des morceaux qui résument ce mouvement. Ils ne sont nullement originaux, mais purement efficaces. Ca te dirait de boire une bière ?

- Un café plutôt, non ? Il est même pas 10 heures…

- C’est bien ce que je dis, on a perdu vachement de temps !

 

Je contemple ma collègue, cette fille si fade que longtemps je ne l’ai même pas aperçu. Je vois dans ses yeux une crête verte. Ca me fait peur.


 


 

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 12:54

 

 

 


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Nous voilà coincés dans cet embouteillage. Déjà pas une partie de plaisir en soi, on imagine que la situation prend une toute autre dimension quand celui qui conduit n’est autre que votre boss, el pendu, rédacteur en chef de son état. Alors que je contemple à travers la glace le spectacle réjouissant de piétons sous le déluge, el pendu fulmine.

 

D’abord, l’interview dont nous revenons, qu’il imaginait exclusive et qui n’a pas excédée la demi-heure syndicale. Pas de scoop, rien de croustillant, n’achetez pas le prochain (Presque) Fameux.

Ensuite, et plus grave à ses yeux, cette anicroche de la veille avec un de ses collègues critiques. el pendu participe à une émission télévisée où, dans une cave, entouré de chroniqueurs célèbres, il pérore sur l’actualité musicale. Hélas, un différent l’a opposé au plus cathodique d’entre eux, débat d’où il est non seulement sorti vaincu mais ridicule. Depuis, il tempête.

- Tu as entendu les sinistres arguments que ce triste pitre a avancé ? demande-t-il en pressant le klaxon d’el coche, notre voiture de fonction. Un mec qui a jugé des candidats même pas nubiles dans un télé crochet !

 

Alors qu’il insulte un scootériste l’ayant paraît-il serré, j’enfonce un CD dans le lecteur.

- C’est quoi ce truc ? rugit-il au bout de vingt secondes.

Je lui présente la pochette.

- Ouais… On a failli en parler l’autre soir, avec ces foutus ploucs. Un dernier vote par mail a préféré évoquer le disque irritant de minus californiens. Une erreur. Je n’ai pas vraiment écouté celui-ci, mais j’ai capté qu’il contient un hit énorme. Mets la 3.

Je m’exécute. Sideways here we come retentit.

 


 

 

- Voilà ce que j’appelle une chanson, s’exclame el pendu. Tout fonctionne avec une telle évidence, et quelle puissance ! Tu pourrais l’écouter une journée d’affilée sans te lasser, rare performance, ça. La plupart des groupes qui nous environnent ne possèdent le dixième de leur talent. Triste époque. Passe à la suite.

Je carotte le disque.

- Une approche intéressante, parfois une véritable performance. La production est vintage et pleine de souffle, on sent qu’ils ne misent pas leur devenir sur l’approche technologique. Leur son s’intercale entre The Cure pour la basse massive et celui des extraordinaires Tokyo Police Club en raison de l’usage tout particulier de la guitare et de la batterie. Quoique original, tout ça demeure toutefois lié à une certaine scène, ces jeunes néozélandais se piquant visiblement de punk, pop et cold wave. Le plus remarquable est qu’ils parviennent néanmoins à retourner les clichés pour produire des titres excitants et dansants, enfin presque tous. Ceci dit, une classe manifeste. C’est une bonne idée que tu me fasses souvenir de Promises promises, Ndaref…

 

Je regarde el pendu. Cet être irritant est un exemple manifeste de schizophrénie. Je déteste ce poseur dictatorial le plus clair du temps, mais apprécie lorsqu’il parle musique, science qu’il maîtrise sur le bout des doigts. J’adore alors son contact, la façon qu’il a d’analyser n’importe quel disque à la volée, remontant le fil de ses inspirations avec une exactitude rarement égalée. Il sait aussi s’émouvoir et redevenir petit enfant, souriant benoîtement à l’écoute d’opus le ramenant vers ses jeunes années. Parfois, j’aime mon supérieur, surtout lorsqu’il manie spiritualité et encyclopédisme.

- Et puis, merde à tout ça… Tu sais, je me sens parfois vieux pour parler encore et encore de musique. Par exemple, j’écoute ce groupe, le trouve bon, alors qu’auparavant il m’aurait semblé extraordinaire. Mais j’ai entendu tant de choses depuis mon adolescence et j’ai si bonne mémoire que je ne peux pas me laisser duper par la première chose bien tournée. J’en souffre, en fait. Il me semble qu’une partie de la magie s’est évanouie et que, pour la retrouver, je devrais me pencher vers de nouvelles activités, la littérature, par exemple. Les mots m’appellent, Ndaref, je me sens la force de me risquer à les sublimer, peindre avec eux des paysages inexplorés. Mais mon pote, je risque pas de lâcher l’affaire avant d’avoir fait ravaler ses grotesques Ray-Ban à l’autre taré !

Il klaxonne.

 

Exclusif !! Nous possédons la seule vidéo où el pendu était absent de sa réunion de rock critiks désanonymes !! Un document édifiant sur les mœurs tourmentées de ces animaux malades !!


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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 12:32

 

 



 Je me sentais particulièrement démoralisé en me présentant à la concession du constructeur allemand. Le dévoué salarié m’y attendant allait pourtant me remettre les clés d’un cabriolet flambant neuf, que j’avais pour mission d’essayer.

Nous étions en 2007 et j’appointais dans un journal automobile, signant toutefois des piges dans tous les titres qui voulaient bien me laisser parler de musique. Je cumulais ces fonctions par nécessité, mais au fond de moi demeurait, accroché comme un lichen à la crête venteuse, l’espoir de devenir un jour chroniqueur respecté, et si possible riche.

Après les précautions d’usage, le concessionnaire me pria de m’installer dans ce bolide capoté, dont le tarif dépassait le cap, pas si mental que ça, des 100.000€. Je sortis du luxueux garage en le saluant d’un coup de klaxon. Dur métier.

 

Afin de faire coïncider mes deux activités, je décellophanais un CD tombé dans ma boîte aux lettres peu avant. Il s’agissait d’une réalisation de producteurs allemands baptisés Snowgoons. Ces gens, à peine célèbres entre leurs frontières, avaient réussi à attirer sur leur production pléiade de rappeurs américains, inconnus des personnes n’ayant pas juré allégeance au souverain hip hop. J’étais un pauvre français circulant dans un cabriolet germain grand luxe, ils étaient d’ignorés activistes bavarois recevant sur leurs pistes la crème de l’underground. En un sens, et sans même avoir écouté la traitre note de musique, ces raccourcis me plaisaient.

 

Dès la première chanson, Heads or trails, je m’arrêtais et ôtais la capote de cette bombe motorisée. Ce que j’avais entendu me ramenait des années en arrière, aux grandes heures où les tracks gabber détournaient à qui mieux mieux toute sorte de classiques. Le morceau sonnait comme du pur hip hop de rue, lourd, agressif, des tas de voix belliqueuses dégainant leur graves propos. Il faisait 7° dans cette citée brumeuse, mais je n’en avais cure et préférais me geler plutôt que remiser par devers-moi tel morceau d’anthologie. Je testais la puissance de la sono au grand air, faisant cracher à plein volume la vingtaine de haut-parleurs répartis dans l’habitacle de cuir noir. Au feu rouge, les passants s’étonnaient de cette voiture flambant neuve conduite par un manant assourdissant. Puis ils détournaient la tête, envieux de mon sort et accablés du leur. Les jeunes gens, casquettes portées à l’envers et 106 tunnées, n’en croyaient pas leurs yeux et bavaient littéralement sur leur planche de bord délavées. J’étais au volant de la bonne voiture avec la bonne musique, OK pas dans la bonne citée, mais j’étais ultime, parfait. N°1 dans la ville, cliché blingbling assumé, bientôt toutes les filles du comté allaient se tailler des shorts XXS dans leur jeans et se frotter langoureusement contre ma carrosserie, juste pour la polir.

 

Au second morceau, les miss pouvaient dégager et les ganstas pointer leurs muscles, tatouages et flingues. Place à la sainte puissance. Who what when where s’illustre à ce sujet comme une sorte de maître étalon. Le refrain tombe comme une pluie de coups, plongeant l’auditeur dans une transe brutale. Snowgoons cherche la radicalité et, avec la grâce et l’élégance d’un panzer, l’obtient dans des proportions sidérantes. Assourdi par les basses, je poussais moi-même la voiture dans ses retranchements. Je titillais ses 250ch sur route ouverte, testais son phénoménal couple (mes cervicales s’en souviennent), appréciais sa tenue de route en enfilant les ronds-points comme une toupie folle. Rien à reprocher à l’engin, même ses dérapages restaient coulés. Une pluie fine et froide tombait sur cette région sinistrée mais je roulais fier sous le crachin, écrasant le bitume de ces septentrionales contrées, répandant Snowgoons en disciple, quoique disciple éclairé. J’avais rapidement noté qu’en dehors des hits présentés d’emblée, les allemands répétaient leurs gammes. Ils ralentissaient le rythme, faisaient crisser les claviers, chantaient sans doute le monde tel qu’il l’est, mais avec la finesse, la pertinence et l’originalité d’un brise-glace. Peu importe, je faisais tourner les deux chansons en boucle, les hurlant en appuyant à fond sur la pédale d’accélérateur.

 

J’ai terminé dans un fossé, après avoir traversé un carrefour. Finalement, les disques de frein, pourtant d’un appréciable diamètre, ne suffisaient pas à stopper cette bête racée mais touchée d’embonpoint. Les pneus, quoique surdimensionnés, ne possédaient pas l’adhérence de leurs prédécesseurs, écartés par la firme pour raison économique. La direction, souple et trop assistée, manquait de précision. Les airbags avaient par contre parfaitement fonctionné, le pédalier s’était comme prévu rétracté, et la structure de caisse, renforcée, avait efficacement enduré le choc. J’étais sain et sauf, et deux heures plus tard licencié par le journal automobile, le lendemain sur la liste noire de tous les concessionnaires du pays.

 

Le lendemain, je postulais chez (presque) Fameux.

 

Hey, retrouve mes meilleurs essais dans la vidéo suivante :

 
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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 18:08

 

 

(Presque) Fameux paye mal ceux qu'il emploie. Pourtant, nous, fiers employés, rallions chaque jour cette tour située dans un quartier d'affaires huppé, et, criblés de dettes, assaillis de réclamations, harcelés par les tenants d'un marché économique en déliquescence généralisée, alignons des lettres, mots et chapitres pour le seul profit de la musique, voire, étoile inaccessible, de la littérature.

 

Concrètement, tous mes collègues supportent la situation en cumulant toutes les gâches qu'ils trouvent et s'arrachent. Il ne faut dès lors guère être regardant, du moins pas plus loin que son porte-monnaie. Je pige actuellement pour un groupe publicitaire qui, derrière la haie d'honneur de ses prestigieux signataires, s'en remet aux petites mains pour réaliser le travail.

 

Le challenge du moment est d'échafauder un argument marketing afin de vendre un rasoir. Pas folichon en soi, le concept ne doit s'appuyer sur aucune innovation technique, évolution d'ailleurs remarquable par son absence. Le rasoir doit mieux raser, à moi de l'annoncer. Depuis que l'homme a décidé de se débarrasser de ses attributs de singe, des générations entières de (presque) publicitaires se sont cassées la tête là-dessus avant moi.

 

Quoi de mieux pour se consacrer au travail qu'une petite fille dans votre maison? La mienne est là, éradiquant le moindre espace sonore, annihilant la plus infime tentative de concentration. Une nuit, alors qu'elle est couchée depuis quatre heures, là voilà qui rejoint la cuisine, où je travaille. Endormi sur une chaise, je rêve d'un monde où le fric sourd des murs. Elle me réveille en sautant sur mes genoux puis, ravie, déclare connaître la chanson qui passe sur la chaîne. Elle l'a déjà entendu dans une pub TV, celle d'un nouveau smartphone. Elle l'adore. D'ailleurs, elle ôte la fonction aléatoire du lecteur CD et commence à diffuser You, me & the Bourgeoisie, le morceau concerné, en boucle. Elle passe ensuite aux suivants tandis, père concerné par l'éducation de ses enfants, je fume des cigarettes à la chaîne en réalisant qu'à 2h du matin, je devrais être au lit. Au bout d'un temps assez bref - trois tasses de café, neuf SMS - elle connaît l'album par cœur et chante Honeysuckle weeks à tue-tête. Chose faisant, cette enfant de huit ans examine mes notes, se résumant à l'énoncé des contraintes et, tranquillement, me livre un plan. “Un monsieur se rase. Il te ressemble. Son visage est couvert de mousse. Quand il termine, il est aussi barbu qu'avant. Quelle arnaque! il crie en jetant son rasoir. Sa femme arrive alors en lui en tendant un nouveau, avec lequel il se rase en souriant. Puis, ravi de retrouver sa peau de bébé, il explose d'un rire satisfait“.

 

Je souffle, l'envoie se coucher. Plan éculé, vu et revu, fait et refait. Puis, je réfléchis, Honeysuckle weeks toujours en fond sonore. L'avantage de tel message est qu'il expose les faits clairement, dans une évidente limpidité, à l'image de ce disque. Voici un rasoir irréprochable, ceci est de la pop millésimée. De la douceur, de la gentillesse, du respect, une fraîcheur sans pareille, un résultat impeccable. Comme l'opus, pareil message est à la fois intemporel et ancré dans nos esprits, jouant sur le subliminal avec une conscientisation maximale. Vouant une fascination sans bornes à leurs aînés, The Submarines croise adroitement les Beatles à World Party, générant une pop riche en refrains entraînants, réveillant des airs qui sommeillent en chacun de nous. Tels morceaux, lumineux, obsessionnels, n'en restent pas moins décalés par l'emploi d'instruments aussi étranges que le clavecin, ce qui les teintent différemment, sans les isoler dans une niche arty. En somme, Honeysuckle weeks sonne un classique d'une époque difficile à dater. En soi, il est parfait, tout simplement parfait.

 

A 5h du matin. J'ai compris tout l'intérêt d'utiliser le plan simplissime bâti en trente secondes par ma fille. A moi de déployer les arguments adéquats - inculture populaire, côté nostalgie assumée - pour le faire valider. Alors que j'écoute maintenant Slayer reprenant des classiques du punk hardcore, la virulence du ton soulève en moi quelques interrogations.

1. The Submarines cèderaient-ils un de leurs 10 hits authentiques - 1 un étant déjà employé - contre une rallonge de monnaie?

2. Quoique suffisamment poilu, suis-je assez souriant pour apparaître, couvert de mousse et rasoir en main, dans cette pub?

3. Dois-je rétrocéder une partie de ma rétribution à ma fille, qui au fond n'a fait que conjuguer manque de sommeil, musique maligne et souci parental en une formulation ultime, ou procéder comme de coutume et continue à établir le pillage au rang d'art?

 

Si vous avez la réponse, merci de ne pas écrire au journal.

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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 13:08









Leçon N°3 : Tu ne vieilliras (presque) pas.

 

Il était une fois N., salarié œuvrant dans la vaste structure de (Presque) Fameux. Ce jeune collègue, appointant depuis peu dans notre prestigieux titre, jouit d’une plume acérée qui délivre des propos assassins et abonde de commentaires fâcheux. Les lecteurs adorent ses attaques outrées. Les quadras blasés que nous sommes devenus observent toutefois avec un agacement certain ces agissements puérils, qui n'en demeurent pas moins encouragés par notre bon rédacteur en chef - el pendu –prenant ce vandale en exemple. A l'entendre, il incarne la fougue que nous avons perdue. Rien de plus faux – nous en sommes dénués de nature. Il affirme en outre que cette attitude de sapajou est fertile en retombées publicitaires, assertion n’allant pas sans amuser notre bande d’anciens extrémistes. En public, nous nous rengorgeons de notre intégrité maintenue. En privé, chacun constate combien il nous rend indubitablement caduc.

 

Pourtant, ces données misérables changèrent au cours d’une seule nuit. Comme chaque soirée, N. assiste à un concert, sur lequel il rendra demain un verdict meurtrier. Il titube désormais au bar du club. Etant joli garçon, il reste l’objet d’un constant empressement de la gent féminine, auquel il répond avec un acquiescement proche de la frénésie. Comme de coutume, une beauté l’aborde. Après quelques verres, l’accord qu’ils concluent les motive à se déporter vers l’habitation la plus proche. N. dégaine les clés de son domicile. A peine ce dernier investi, la demoiselle le pousse sur le canapé et manifeste une féroce envie d’épanchement qu’il n’a, mystérieusement, que peu envie de combler. Il se sent las. Il a d’ailleurs embarqué cette fille par pur mécanisme, sans prêter attention à ses traits ou à ce qu’elle disait. Il l’observe donc. Bien que fort mignone, rien en elle ne le stimule. Se détachant du corps offert de la miss, il se souleve et, déclarant recourir à une musique d’ambiance, choisit au hasard un disque glissé dans le tas qu’il doit, depuis plusieurs mois, écouter en urgence. Il éjecte alors du lecteur celui, pourtant libidineusement déterminant, de The Heavy, et insère le premier venu.

 

N., qui se pique de tout connaître, tique d’emblée. L’introduction troublante de l’opus, d’essence science fictionnelle, le fait frissonner. Selon toute vraisemblance, il subit ce soir un puissant dérèglement des sens. Il attrape la pochette et contemple l’étrange visuel concocté par ce groupe baptisé Dysfunctional By Choice. Des français. Quand débute le premier vrai morceau, il constate qu’il s’agit de metal. Pas l’ancienne école avec soli et évocations de dragon, mais le style transgenre, entre pop, émo et hardcore. A boire et à manger. D'emblée, aucun intérêt. Pourtant il ne change pas de disque, la belle l'attrapant sauvagement au tournant du troisième morceau. Heureux hasard, celui-ci trahit que, loin d’être sorti de l’école sidérurgiste, DBC peut s’attaquer au punk, et au meilleur, dans une optique évoquant les grandioses Burning Head. Retrouvant ses attributs de critique et repoussant ponctuellement sa groupie, N. en vient à conclure, tout surpris, que le disque entier se distingue alors par la richesse de ses influences et sa facilité à les maîtriser. Il reste certes typé métal, mais dans une approche apaisée de la chose, lorgnant moins vers le thrash que la pop underground, aboutissant à l’inenvisagée rencontre entre Machine Head et Muse. Amalgammant sucre de l’harmonie et furia de la double grosse caisse, DBC trouve logiquement sa voie, à mi chemin de la candeur et du désespoir. Mince. Et puis, ces plages instrumentales toujours aussi étranges… D’habitude, il zappe volontiers ces bouche-trous. Là, ces variations, belles, étranges, émotionnelles, alliant piano, guitares, voix lointaines, nouent les titres et transforment l’album en concept.

 


 
 

Furieuse et insatisfaite, la jeune fille essaye à présent de lui ôter son sweat vintage NOFX. Ulcéré lui-même, N. la repousse rudement et, sans hésitation, la prie de partir. Ce qu’elle fait en renversant tout ce qui se présente devant elle. Aucune importance. Maintenant, il peut se consacrer totalement à cet album ambitieux, incroyablement prenant. Les morceaux défilent, tous s’avérant inspirés, variés, pleins de surprises et de progressions inattendues. Certainement pas le disque de l’année, mais un opus brillant, qui transporte et finit trop vite. N. l’écoute donc plusieurs fois d’affilée en tétant une bouteille de vin, savourant ces heureuses minutes où il vogue entre ciel et terre, loin, très loin de son sexe.

 

Le lendemain, une sévère gueule de bois salue son réveil. 10h10, il est sacrément en retard. Pas le temps de se laver, ni de déjeuner, ni de passer aux WC. Le trajet jusqu’à (Presque) Fameux le laisse fatigué, épuisé, sans idée. Il rejoint la rédaction les épaules tombantes. Il ne lance pas la moindre vanne de la journée, qu’il passe avec nous, les vieux. Abandonnant téléphone et ordinateur, il s’accroche à mon ombre, délaissant sa morgue habituelle pour évoquer son enfance, ses premiers émois musicaux, les femmes, le tout en passant en boucle Travelling in travel. Bienvenue au club des anciens jeunes, collègue.

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 13:01

 

 

Ndaref !

L’appel résonne à travers la rédaction. La plupart de mes voisins lèvent la tête de leur écran d’ordinateur. D’autres, occupés à réaliser des interviews au téléphone ou travaillant casque sur les oreilles, continuent à aligner les caractères.

J’abandonne mon clavier et file vers le bureau de mon rédacteur en chef – El Pendu. Je zigzague entre les alvéoles répartissant le personnel de (Presque) Fameux, en proie à un pesant sentiment de solitude. Je me trouve bientôt devant mon supérieur. Il termine de rédiger un texto sur son portable, en ferme le clapet et me contemple, irrité.

- Quand on t’a engagé pour rejoindre notre titre, on était encore un petit fanzine en ligne et ta plume cadrait parfaitement avec notre politique éditoriale. Or, les temps ont changé, et le titre a évolué. Toi, tu fais du surplace. Je viens de jeter un œil au blog. Bon sang, mais c’est quoi ces chroniques ?

- Lesquelles ?

- Y a belle lurette que le nouveau journalisme est passé de mode. Si j’avais pas été tant pris par la TV – tu sais que je fais de la TV ? – j’aurais pu intervenir avant que ça prenne ces proportions. Ma boîte mail déborde de courriers furieux à propos d’articles causant davantage de ficus foireux, main cassée et attaques de fourmis que de musique. Les distributeurs s’inquiètent. Ils trouvent qu’on parle pas assez de leurs produits. Ils ont raison. On y comprend rien et ça nuit aux contrats publicitaires. Tu tiens à ton salaire ?

- Hum…

- Moi, je tiens au mien. Alors, à partir de maintenant, t’oublies la littérature, enfin si c’est ainsi que tu appelles tes délires, et tu rédiges de bonnes vieilles chroniques élégiaques, point barre. Les sujets, je vais te les choisir, ça évitera que tu nous causes, entre deux évocations de barbus, de duos inconnus ou de perdants magnifiques. Premier sur la liste, Kid Acne.

- Qui ?

- Un anglais qui réenregistre les morceaux des Beastie Boys façon The Streets. Pas novateur pour un sou, mais ce côté révérencieux est justement son concept. A l’arrière du disque, il y a écrit que Req One, son DJ, « sampled a bunch of old-fashionned records ». Tu vois le genre ?

- C’est un genre ?

- Avec tous tes méfaits, je vais pas demander au distributeur de t’envoyer un exemplaire, et je garde celui que j’ai. Replonge dans ta discothèque, ressors tes vieux albums des Beastie, KRS One et consort, et t’auras une idée juste du son de l’opus. Le rap vintage dans toute sa splendeur, à peine updaté par le placement de la voix, le côté voyou de ce timbre volontiers cockney et des percussions prédominantes. Tout ce qu’on aime quoi, la vieille école.

- Un Kid à la vieille école ?

- Maintenant, à toi d’enjoliver le tout pour transmettre aux lecteurs l’excitation manifeste de cet album. Car il l’est, et pas qu’un peu. Mince, ça groove sévère. Le morceau d’ouverture, Eddy Fresh, demande qu’à être calé dans un set électro éclectique, effet assuré. Et les Oi ! qu’il balance au début de chaque titre, fabuleux. Tu me crois pas ? Visionne !

 

 

 

 

 

- Oi…

- En plus, Acne n’est pas borné. Cette endive lunettée place deux morceaux à guitares, et pas des moindres, carrément du rock skinhead entêtant et rugueux. Oi ! on t’a dit. J’adore. Ca casse la routine et fait bouger la tête. Bref, c’est une foutue réussite. Disons que ça rappelle combien le hip hop peut être excitant, deux termes qui ne vont plus très bien ensemble, de nos jours. Bon, à toi de te débrouiller, je vais pas écrire la chronique à ta place, remarque ça serait peut-être pas plus mal. A propos, tu me la mènes pour relecture avant de la poster en ligne, histoire de voir si tu nous balade pas sur la pêche à la ligne ou la cuisson des lentilles. Et fais gaffe aux fautes d’orthographe, paraît que s’en est truffé… Au boulot !

 

Pas une sinécure de travailler à (Presque) Fameux…

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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 12:47


 


Maintenant, il est couché dans un énorme tube ouvert des deux côtés. Posé sur une couche de mousse, il conserve le bras tendu, conservant cette position rendue célèbre par Superman. A la seule nuance que mon ami ne vole pas.

Il avait pourtant volé, dernièrement. D’après lui, cette grâce aérienne n’avait duré que deux secondes, le temps qu’il soit projeté de la trottinette qui le supportait jusqu’au sol (voir (presque) ici). La main serrée dans une attelle, il me détailla ce transport comme merveilleux, parfait contraste avec la chute, l’écrasement au sol ayant été brutal au point de lui rompre l’os crochu.

 

Aujourd’hui, il passe une IRM de contrôle et, comme il ne peut conduire, je l’accompagne. Nous nous trouvons dans une section spéciale de l’hôpital local, un endroit calme, propre et lumineux, où nous ne patientons pas des heures. Dommage, tant la secrétaire, qui nous fait face, est magnifique. Mon ami ne cesse de lui demander si elle souhaite d’autres documents administratifs en louchant vers son décolleté, tandis que, fasciné, je projette de l’alpaguer quand je serais débarrassé de ce boulet. Heureusement, un garçon portant blouse blanche vient le chercher. Malheureusement, peu dupe de mon manège, le photographe, comme il se présente lui-même, me prie de les accompagner. Il nous fait rapidement le briefing : l’IRM fonctionnant grâce à un aimant surpuissant, il convient d’ôter toute trace de métal, bague, montre, ceinture, sous peine de brulures ou arrachements, plan gore à la Carcass. Nous nous rendons dans la salle réservée à cet effet. Démétallisé, mon ami se fige alors dans la position voulue. Après quelques consignes, l’opérateur lui fixe un casque stéréo sur la tête. Il revient derrière l’épaisse vitre qui sépare l’énorme tube de la zone de commandes.

 

Sans s’intéresser à moi, il commence ces manipulations. Le bruit qui nous parvient est proprement assourdissant.

- Vous comprenez pourquoi je lui ai placé ce casque ?

On dirait une rythmique de techno hardcore débridée, le genre de production freak tournant à 450 bpm. L’ensemble est saturé au delà de l’entendement.

- Qu’est-ce que vous pouvez lui passer pour qu’il supporte ça ?

Le photographe m’indique alors une pochette de CD posée sur un coin de sa table de commandes. Un collage, étrange, pas forcément harmonieux, l’illustre.

- The Faint. Un groupe américain assez dérangé. Chaque jour, je sélectionne quelques disques dans la banque, et je tache de les passer aux personnes adéquates. Votre ami me paraît mur pour entendre celui-ci.

- A quoi ça ressemble ?

- A ça. Matez le clip.



- Vous pouvez pas m’en dire plus ?

- Disons que leur Fasciination (avec deux i, oui oui) est un opus voué au pop-rock digital, illustré par de bien bonnes chansons, comme l'illustre  The geek were right, Psycho, imaginez Blur qui aurait avalé un sampleur, ou Forever growing centipedes. Il reste toutefois ouvert à des méditations quasi introspectives, style I treat you wrong, ou l’expérimentation traitée old school, genre Fulcrum & lever. Leur démarche se veut intellectuelle, mais leurs morceaux trahissent leur passion viscérale pour la sueur et l’immédiateté. The Faint est en fait l’une des rares formations arrivant à produire des titres aussi putassiers qu’underground. Chez eux, la basse, massive comme chez New Order mais réglée aussi lourde que chez une formation death métal, s’exprime au même niveau que les claviers, parfois horripilants. La voix est claire, somme toute assez froide, teintée d’un étrange accent anglais. En somme, tout prédispose à faire de Fasciination un total raté, mais ce disque, tout aussi bancal soit-il, dispense quelque chose de dérangeant qui précisément attire. Même sautillant, il reste un rien malsain, à l’image de son visuel. C’est ce qui fait son charme, une attirance congénitalement viciée.

- Et ce sont les mêmes jugements que vous appliquez à mon ami ?

- Sauf votre respect, oui.

Là-bas, l’ami, main tendue sous l’aimant géant, subit le concassage gabber sans broncher.

 

Lorsqu’il sort du tube, sa première réaction est de rassembler ses affaires aussi vite qu’il peut.

- Pas trop long ? T’as aimé le son ?

- Quel son ?

Sur ce, il part en courant, certainement demander pour la soixantième fois à la secrétaire s’il lui a bien remis sa carte vital.

- Il ne se renseigne pas sur l’état de sa fracture ? s’étonne le photographe.

- Finalement, je pense que vous avez raison quant au choix du disque pour l’homme, je réplique en embarquant discrètement Fasciination.

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