(Presque) Actualités
Yo !
Ndaref a bien trop d'actualités pour toutes les consigner...
En 2015, l'horizon s'annonce (presque) dégagé
Si c'est pas là, ça n'existe pas
Yo !
Ndaref a bien trop d'actualités pour toutes les consigner...
En 2015, l'horizon s'annonce (presque) dégagé
Plusieurs définitions permettent d'approcher au plus près de Coco Machete.
La première est celle de label. Coco Machete est une structure musicale qui, n'inventons rien et ouvrons le dossier de presse, "après 9 ans et près de 100 sorties (...) sort sa première compilation éponyme". Jusqu'à là, ça vous fait belle jambe. Passons donc à la seconde définition.
Coco Machete est un fournisseur d'émotions, mais pas les plus plébiscitées dans notre monde où le politiquement correct est règle. De nos jours, pour avoir une chance d'être mentionné par la brigade du bon goût, mieux vaut décliner une certaine plus-value intellectuelle, même si elle n'est que de surface ou s'avère complètement creuse, sous peine de se trimballer une réputation de sous Lady Gaga. On se retrouve alors à subir des musiques vides de sens et pleines de codes étouffants, le genre de choses que seuls les barbus branchés peuvent piger. Coco Machete est tout l'opposé.
A mi-chemin entre la musique sexy à destination de demoiselles salement dévêtues, et celle plus rustre, contentant des lourdauds dans notre goût, Coco Machete impose un curieux croisement entre digital animal et pulsions anales. Le beat est lourd, les sons contondants. On transpire, c'est l'étuve, rien n'aère le parterre. Ecouter cette compilation revient à se retrouver, paumé et défoncé, dans une salle où tout le monde est démonté. Atteint ce stade d'ivresse, seuls les sentiments les plus évidents triomphent. Pour la finesse, la recherche, la quête d'un bidule un tant soit peu complexe, repassez, barbus! Soucieux d'éradiquer l'ennui, la seule volonté de Coco est de procurer des sensations à même de faire perdurer la transe. Pour cela, tous les moyens sont employés, surtout les plus massifs. N'étant pas disponibles suivant une large gamme, ça se répète gravement sur ce premier opus, ça tourne en rond et ça se repique, mais mince, qu'est-ce que ça fait du bien!
Sur cette dizaine de titres, quelques-uns sont absolument mémorables. Ainsi, le remixe qu'a effectué Fukkk Offf du titre de D’ Secret SVC, Alley Cat. On comprend mieux à l'écoute de la chose, rythmé par un aboiement de chien (!) pourquoi cet artiste au nom de gang bang est la vedette du label: il n'a peur de rien. Méchantes idées, sons appuyés, respect du groove et ce rien de putasserie nécessaire à la dance en font un idéal pourvoyeur de hits souterrains, en attendant mieux. Le remixe de Matead sur Take me upp de NROTB est pas mal gras aussi. Le kick semble extirpé d'un mix hardcore début 90 et le tout avance dans la joie et la lourde humeur, très loin de la version originelle, en comparaison bien bien légère.
En somme, entre détournements house millésimée, revisitations techno et musique de club dévoyée dans la backroom, This is Coco Machete. Vol 1 provoque un pur moment de lourdaud bonheur. Merci, Coco!
Jono McCleery – There is
Le disque de l'anglais est publié sur le label Counter Records. Mine de rien, c'est grâce à cette entreprise géniale, extrapolée de Ninja Tune, qu'on a découvert les flamboyants The Death Set et les cuivrés The Heavy. Un gage de qualité et une énorme crédibilité qui, à nos yeux, s'est petit à petit ternie suite à des sorties pas glorieuses, type Pop Levi ou... Jono McCleery. Dans le genre bluesman moderne, on a déjà Fink à supporter, c'est bien assez, d'autant qu'il en sort de partout, de ces (pseudos) jeunes qui jouent tristement de la guitare. Oh, certes, Jono n'est pas dénué d'intérêt. Aérien et numérique, son blues 2.0 supporte des rythmiques osées, sa voix possède un grain émotionnel la rapprochant de celle de la crevette encensée de Radiohead et sa reprise de Wonderful life est plaisante. C'est beau, épuré et gorgé d'émotions, mais à quoi bon, finalement, quand on a l'impression d'avoir écouté ça mille fois auparavant?
Phenomenal Handclap Band – Form & control
Ils sont sensationnels. Qui? Les nouveaux rois de Brooklyn (Tchad), qui croisent, agglomèrent et fréquentent stars, peoples et autres personnalités. Ils se donnent en spectacle et signent des disques. Le premier nous avait paru sans intérêt, comme s'il s'oubliait au fur et à mesure de l'écoute. Le second est plus mémorable, du moins a-t-il pour mérite de nous remettre des sons en mémoire. Un peu comme si le temps s'était arrêté en 1978, PHB sort ses meilleurs compos disco et balance écho et vocodeur sur toute la ligne. Cela est supportable, voire même plaisant, bien qu'on se demande, là encore, à quoi bon telle démarche. Un revival? Début (19)80, des tas de formations avaient remis au goût du jour un mouvement antédiluvien, le ska. Ils avaient toutefois le bon goût d'y apporter une once de modernité. Mais PHB, franchement, à part quelques influences type Blondie, donc pas vraiment éloignées, on peine à voir...
Sir Samuel – Gallery
Evadé de Saian Supa Crew, Sir Samuel présente un second album qui, contrairement au trop encensé collectif où il s'est fait connaître, la joue tranquille mais avec efficacité. Soyons honnête: rien de novateur sur Gallery. Cependant, soyons juste aussi: c'est très bien fait et top léché. Balayant large, le gaillard décline un opus en forme de carte de visite. Un coup chanson française décalé, un coup hip hop décalqué, un coup reggae dégoupillé, un coup ragga décanillé. Tout ça est enregistré dans une optique radio, avec le succès en ligne d'horizon, et la plupart des compositions sont carrément équipées pour l'atteindre. Pour sûr, l'originalité n'est pas de mise, mais on note néanmoins une véritable recherche dans la quête d'harmonies ou d'instrumentations. Pas de quoi faire de Sir Samuel un nouveau héros musical, mais au moins assez pour souhaiter bonne chance au garçon.
Lindi Ortega – Little red boots
On commence la revue de disques express avec la toute mignonne Lindi. Fiez-vous à ses bottes: la demoiselle performe dans un registre country. Aussi classique dans son interprétation que son inspiration, l'opus ne souffre d'aucun défaut. Si, il est trop bien produit. Cela gomme une partie de son impact, quoique cette notion ne semble pas faire tiquer grand monde. Ceci dit, la country de Lindi s'avère ultra grand public, délayée qu'elle est dans le rock pop ou le folk. Le tout sonne parfaitement et possède un potentiel de séduction immense. Les gens aiment beaucoup les mignonnes chantant des choses roots en robes.
Naosol & Waxx – Game over
Naosol & Waxx sont comme Lindi Ortega: ces jeunes aiment bien faire les choses. Comme elle également, ils ne s'éloignent pas trop d'un certain dogme. Ils déclinent donc une formule, laquelle amalgame autant de folk que de rock pop, le tout précautionneusement relevé de refrains béton. Tout cela évoque des milliers de chansons enregistrées depuis l'invention du médiator, mais, incontestablement, ça le fait. Pas loin de Paul Personne sur la carte du rock, N & W soigne le boulot mais ne le révolutionne pas les méthodes de travail. A vrai dire, le duo français n'est pas là pour ça et d'ailleurs on ne lui demande même pas. Dommage qu'ils n'enfilent pas de robes.
Marie Gueraz – Recyclé
On termine avec une artiste qui, pour être supra raccord avec l'intitulé de son album (la cohérence paie toujours, souviens-toi), recycle elle-même pas mal de choses. Son positionnement: l'humour, l'humain et le recyclage. De vraies valeurs actuelles pour une musique souvent très enlevée. Bien entendu, à l'instar de ses deux camarades, Marie n'est pas là pour l'inédit. On connaît déjà tout ça par cœur, le filon est exploité depuis quelques décennies, mais ça n'empêche qu'il révèle de temps à autre son lot de pépites. Bref, toi qui est à la recherche de sentiments positifs, de pure énergie, et de larmes comme de sourires, (Presque) Fameux te conseille The Hard-Ons, euh, non Marie Gueraz.
Apaisant comme une injection d'anesthésique local, 消失/Disappearance sort de temps à autre de son brouillard pour secouer sa carcasse. Beau et givré comme un Mr Freeze au Get 31.
Peut-on réinventer sa musique en changeant de continent? C'est la question à laquelle ont tenté de répondre Jonathan et Pauline, évadés du combo californien Mezzanine Owls, en se réfugiant en Chine. Depuis les entrailles du géant industriel, le duo délivre des pépites neurasthéniques en essayant d'oublier 30 ans de noise et de rock mélodique exécuté par des jeunes garçons prisant la drogue, le mur du son et l'écho. Il parvient de la sorte à aligner des compositions aussi contrastées que référencées, les envolées vers les cieux mélodiques ou les plongées dans les abysses romantiques ne pouvant s'affranchir de la tradition.
Etrange opus. Terrible opus. Les trois premiers morceaux laissent tout simplement espérer quelque chose de divin. On le tient enfin, ce disque moderne après lequel on court tant! L'enchaînement An Anesthesiologist / An Accident / Psychic Dissonance procure la fameuse extase pop tant convoitée. Imparables, An Accident et Psychic Dissonance hantent longtemps après leur ultime note. Ce groupe là sait écrire, s'écrie-t-on, subjugué par ce son, cette grâce, cet entrain.
Mais par la suite, Alpine Decline abandonne carrément cette voie, préférant lever le pied sur l'immédiateté pour partir en quête, se tournant moins vers les autres que regardant à l'intérieur de lui-même. Les tempi sont ralentis, les émotions poussées en avant. C'est beau, viscéral mais moins fascinant.
Au final, que penser de l'opus? Imparfait, il catalyse toute la créativité d'une association de deux êtres suivant simplement leurs instincts, d'où cet aspect fragmenté. Il ne peut toutefois se départir de son côté disque hommage, comme s'il se bornait à revisiter une époque où My Bloody Valentine était innovant. Il conforte enfin le statut d'Alpine Decline en tant que meilleur groupe du monde, du moins le temps de deux chansons. 消失/Disappearance? Sans doute le simple de l'année!
Les ex K2R Riddim déclinent un album tendance reggae festif grand public. C'est convenu, prémâché, mais ça le fait... si t'aimes.
D'emblée, l'impact, le choc. Vous avez vu ces dégaines? Difficile d'en rajouter dans le codifié. A ce stade, plus rien n'est subliminal: I Trinity I désire clairement affirmer qu'il est un groupe de reggae. Toujours cette attitude normée avec les formations œuvrant dans un registre supra délimitée. Traversons l'Atlantique et prenons au hasard le cas de The Casualties. A l'instar de I Trinity I, cette formation hante sur un créneau ultra précis, celui du punk hardcore. Comme les français, les gaillards d'outre Atlantique n'ont pas hésité, pour mieux servir leur cause, à se transformer en cliché vivant. Le premier effet étant souvent déterminant, le look n'est donc altéré par aucune retenue. Chez eux, ce sont crêtes colorées, t-shirt aux noms de formations mythiques et clous/docs. Pour nos frenchies, c'est davantage tricolore Éthiopie, grosses dreads et lion rasta. Comme Sniper continuant à sampler des violons sur son très bon A toute épreuve , ça fait quand même drôle en .12.
Niveau paroles, un style s'incarnant via quelques formules duplicables à l'infini, on n'échappe pas à certaines redondances. Pour The Casualties, référence mondiale punk hardcore, les vocaux sont truffés de Oï!, vieux cri de ralliement skinhead (dont ils ont tiré un mémorable hit, tout bonnement intitulé The Oï song). Le mérite premier de I Trinity I est de rester relativement léger sur tous ces concepts exploités jusqu'à la perte de sens, style Jah, Babylon, I, Ethiopia et tout le folklore habituel. Merci. On a par contre droit au discours conscient de base, qui ne fait certes pas de mal (prend-toi en main, les OGM c'est nocif, Mama Afrika va pas bien... - tient, l'avais oublié, Mama Afrika), mais bon, rien de franchement original. Après, c'est juste une question de goût. Disons que si tu as apprécié K2R Riddim et que tu ne confonds pas le roi Salassie avec un vieux comte d'Italie, tu es préparé à l'écoute de Reggaeality.
Si musicalement on ne s'attend pas à ce que The Casualities performent dans un registre trance progressive, on n'espère donc pas, après avoir avisé la pochette, entendre autre chose que du reggae certifié sur Reggaeality. Bon point: aucune tromperie sur la marchandise. L'option retenue est celle d'un traitement roots relevé de passage ska festif pour les moments les plus radieux. Très bien fait, puissamment produit et chanté mais sans surprise aucune. Certains titres, fagotés de la sorte, possèdent un potentiel commercial évident. Le meilleur reste sans conteste Ils se croient malins, qui ne va pas sans rappeler le meilleur de Pierre Paul Jacques et Essayes, qui trimballe même quelque chose de crucial, mais sinon on a souvent l'impression d'entendre une sorte de Jimmy Cliff (Jeannot Falaise) updaté. On a les références qu'on peut, je sais...
Bref, un disque de reggae pour les amateurs de reggae. L'avantage de I Trinity I sur The Casualities est que les dreads obligent à beaucoup moins de manutentions que les crêtes et que, mine de rien, ces rastas sont susceptibles de toucher un plus ample public que les chicanos piquants. Formé en 90, les yankees n'ont jamais trop dévié de leur punk hardcore originel qui, croyez moi ou pas, possède moins de potentiel commercial que le reggae radio. L'avenir dira si I Trinity I arrive à surfer sur l'océan des autres formations reggae s'échinant tout autour de la terre. Bon courage, les gars!
Le groupe signé chez les pointilleux Jarring Effects présente un album en forme de plongée dans les abysses. Tout est inquiétant, sombre et menaçant, en dépit d'un mix d'une incroyable clarté.
J'ai longtemps repoussé cette chronique. Je ne savais pas comment la commencer. J'ai choisi de livrer d'emblée la conclusion: passé un certain seuil d'intensité se flétrissent les émotions.
Expliquons-nous. Avec ce nouvel album, le groupe s'enfonce dans une jungle si dense qu'elle en devient vite étouffante. On suffoque! Dès le premier morceau, le ton est donné. Une sorte de sirène, un bruit de chute, une disqueuse taillant le métal, un bruit blanc qui ne va pas sans rappeler l'intro du classique Morbid tales de Celtic Frost. Le rapprochement entre ces formations que pourtant tout oppose, hormis la géographie - les premiers sont lyonnais, les seconds suisses - ne s'arrête pas là. On peut consigner ce désir de creuser les idées jusqu'à l'obsession, d'impulser une énergie titanesque dans l'exécution, de varier les points de vue pour donner pleine mesure à ses impulsions. Et si Hellhammer, défricheur black metal, est devenu Celtic Frost, entité plus avant-gardiste, Picore condense en lui sa pluricréativité.
Cela a du bon. Assyrian Vertigo est assurément un opus varié, oscillant entre post-rock et noise, l'ensemble relevé d'éléments disparates, courant de la world à l'électro. L'agglomérat ainsi obtenu ne fait songer à rien de précis, puisque sans contours déterminés. On pourrait néanmoins le tenir dans un faisceau de disques préalablement commercialisés, mais l'opération n'en resterait pas moins claudiquante et surtout n'éclairerait pas vraiment sur la teneur même de l'enregistrement. Picore ne ressemble à rien de recensé sur la carte des musiques actuelles. Leur son est déviant, fourre-tout, pétri dans un creuset où colère et poésie se mélangent à pas mal de folie.
Ceci étant, bien difficile de supporter sereinement cette musique. Même lorsqu'elle s'aère de textes, elle reste chape. Ce côté implacable est autant du à l'écriture elle-même, où même les sonorités légères sont revêtus d'atours belliqueux, qu'aux ingénieurs ayant catalysé toute cette inhumanité - mix de Alap Momin (Dälek, This Immortal Coil), mastering d'Alan Douches (Converge, Sufjan Stevens, Animal Collective...). Elle produit assurément son effet en étant écoutée très fort mais nécessite tant d'attention que l'audition s'avère épuisante. En ces temps de musiques interchangeables, creuses et jetables, c'est manifestement un atout. Cependant, on imagine Assyrian Vertigo plus à son aise retranscrit sur scène que diffusé au sein d'un salon. Du moins, pas dans celui positionné au sein de la tour (Presque) Fameux. Ce qui, en la circonstance, peut être pris comme un hommage, tant nos goûts immédiats nous coupe de toute appréciation un rien intellectuelle.
En somme, un album à creuser, encore et encore. Nous on abandonne, du moins pour l'instant. Nous préférons nous tourner vers le disque de remixes, relecture moins compacte et plus variée, qui apporte un rien de légèreté dans ce monde saturé.
La musique, c'était mieux avant? Telle était l'accroche de la chronique consacrée à 4everevolution, disque des plus moyens signé Roots Manuva. La réponse tombait comme un couperet: bien sûr que oui! Même réflexion à propos du disque de Plug. Mais là, les raisons sont radicalement différentes.
Véridique: une fois Back on time dans le lecteur, pas moyen de se départir de ce sourire moqueur. Son explication: le fait que tout ça tourne en rond. Le drum'n'bass, c'était cool au siècle dernier, pertinent et excitant à ce moment, mais refourguer la même formule une quinzaine d'années plus tard, ça pue l'arnaque. Le disque défile, suscitant d'autres sourires, plus appréciateurs mais toujours à double tranchant. Et puis tombe le verdict. Ces morceaux ont en fait été enregistrés entre 1995 et 1998. Confirmation d'une impression, mais sentiment de s'être fait piéger, en même temps...
Donc, Plug, aka Luke Vibert, aka Wagon Christ, aurait remis la main sur des bandes non publiées, si bonnes que Ninja Tune les presse aussitôt. Ninja Tune, ce n'est pas le petit label d'à côté, juste une référence indéboulonnable, et Plug a mine de rien une stature du même acabit. L'homme a enregistré Drum'N'Bass for Papa, considéré comme un canon du genre. Son avantage suprême est sa pérennité. L'opus résiste magnifiquement aux affres du temps, usure qui n'épargne pourtant pas les productions digitales. La formule mise en place par Plug / Luke Vibert / Wagon Christ combine en effet recherches et sensations, viscères et intellect. Les sons eux-mêmes n'étant pas intrinsèquement datés, et le rythme drum'n'bass/jungle demeurant qu'on le veuille ou non intemporel, Drum'N'Bass for Papa n'a rien perdu de sa force originelle.
Back on time présente fondamentalement les mêmes caractéristiques. Combinaison de relents bizzarojazz, moments trance, détournements asiatiques, emprunts hip hop, samples ragga sur ces instoppables rythmiques, cette compilation a au moins le mérite de l'excitation. La fausse simplicité de l'ensemble, à des années lumières du travail de son contemporain Aphex Twin par exemple, immerge de suite dans un bain de plaisir. Difficile d'abandonner cette douce moiteur par la suite. Créée pour danser mais tout à fait écoutable à la maison, cette sélection procure, hormis à de rares moments, son cota de plaisir. En ces époques où telle notion témoigne de sa rareté, c'est toujours bon à prendre.
Reste néanmoins à savoir si nulle entourloupe ne se terre là-dessous, comme par exemple des enregistrements récents aux dates de naissance maquillées. Possible. La comparaison avec Drum'N'Bass for Papa s'avère toutefois convaincante, tant en termes de sons que d'inspiration. De toute manière, on s'en fout. Comme Les Rats le chantaient si bien, il ne reste plus qu'une chose à faire, aller danser!
L'année dernière, Sofy Major libérait Permission to engage, album explosif, intraitable, colossal. Ce disque massif et corrosif est aujourd'hui suivi d'un split réalisé en compagnie de Membrane, autre producteur de sons agressifs et tourmentés.
Etrange split. A la première écoute, SM défonce purement Membrane. La raison tient à la puissance sonore développée comme si, pour reprendre une image cycliste, le premier pédalait sur grand plateau quand l'autre mouline sur le petit. Pas que Membrane propose quelque chose se rapprochant d'une démo, mais SM fait fort, très fort. Tout se maintient en effet dans le rouge, de la voix traitée aux percussions massives, en passant par cette basse écrasante. Et puis, au fil des écoutes, la rencontre s'équilibre. Membrane parvient à s'extirper du magma sonore qui précède ses 3 titres pour, par opposition, donner un véritable sens à ses options soniques. Les aigus qui se rétablissent, la voix qui monte de plusieurs crans tranchent avec cette avalanche de graves et proposent une autre forme d'attaque. Le split trouve de la sorte un parfait équilibre.
En dehors de ces affaires de son, une autre conclusion, découlant directement de la première, s'impose. SM impressionne mais décline une formule invariable. Une recette certes aussi carrée que convaincante, et qui ravira de nombreux amateurs puisque se positionnant entre Unsane, Machine Head et Mastodon, mais moins ouverte aux variations que celle de Membrane. Là encore, après s'être pris les 4 morceaux enclumes de SM entre les oreilles, le groupe a au début du mal à se faire entendre. Il y réussit petit à petit, avec sa noise acrobatique et répétitive, pleine de nuances et de fine violence. Un point commun entre les deux groupes néanmoins: ces 7 chansons sont taillées pour la scène et doivent prendre un sacré écho live.
Bref, un méchant split, à télécharger gratos ou acheter en vinyle. Chaudement recommandé.
Le groupe de l'ex Blink 182 rêve de space opéra et de chansons lunaires. Il signe à l'arrive un double album en enterrer six pieds sous terre. Pas fameux!
Tom Delonge est un artiste extrêmement productif, terme qui, au regard de la qualité de ses œuvres, est en passe de devenir péjoratif. Vrai: qu'a donc Tom à se démener ainsi? En février 2010, son groupe, Angels & Airwaves, sort un album nommé Love (11 titres). En novembre 2011, après avoir parallèlement publié un album avec Blink 182 et accessoirement livré pléiade de shows, voilà Love: Part two et ses 11 nouveaux titres. Les deux opus sont aujourd'hui réunis en un double CD, qui n'est rien d'autre que la B.O du film produit par la formation et intitulé... Love. Cela fait beaucoup à de Love digérer, et comme dit l'adage, qui trop embrasse, mal étreint.
A l'instar de la pochette, passable de loin, horrible de près, la musique de A&A est un attrape-couillon. De jolies mélodies, un entrain circonstancié, des guitares domestiquées et cette voix si reconnaissables pourraient effectivement produire quelque chose de bon, mais à l'arrivée déception. Image d'étalons fanfaronnant sous alcool avant d'essuyer une fichtre débande à l'heure du grand acte. L'aéro-rock, qualificatif donné par certains fans du combo pour désigner leur style, est amputé d'une lettre. C'est d'apéro-rock qu'il faut parler dans le cas A&A: après une certaine dose, mêmes les meilleurs motivations ne résistent pas aux sirènes du pathos et de l'emphase. Les grands hommes cogitent et méditent, se souvenant de leur jeunesse perdue en gratouillant deux accords recyclés et sortant les rimes en Love pendant que le piano produit un triste sol. Grandes intentions, petites exécutions. Ivresse du créateur...
Pour faire bref, c'est dégoulinant de mièvrerie. La première chanson se tient à peu près, mais ensuite, ce sont des arrangements de claviers que même Van Halen jugeait périmés et des balades inspirées par les séries américaines 80/90 style Dawson. La fusée de l'aéro rock décolle, mais ne va pas bien haut et retombe aussi vite sur son site. A & A fait du surplace. Certains aiment (après tout, quelques-uns ont bâti des répertoires entiers à partir d'une seule chanson). Certains trouvent ça génial ou du moins satisfaisant. Nous, on trouve que A & A réinvente une sorte de rock FM 70. Clinquant en radio, inécoutable à la maison. Du moins, dans celle élevée sur (Presque) Fameux Boulevard...
Dans notre série "Les films drôles pour nous les crétins", il est impérieux de vous présenter ce maître étalon. The rocker comporte tous les éléments à même de transformer cette production en
objet digne de culte. Ou pas loin.
- Un acteur. Tout film crétin repose essentiellement sur les épaules d'un acteur (crétin). Pour n'évoquer que les ultimes chef d'œuvre portés à connaissance dernièrement, il y avait un acteur
(crétin) confirmé soutenant Hot Rod, un autre dans The Ringer, deux dans Surf Trip, et bien quatre dans le mémorable Hot Tub (mais foutrement aucun dans le navrant Very Bad Trip – hormis le barbu, soit juste un
crétin). Là, il y en a un, un beau même, il emplit tout l'écran et se nomme Rainn Wilson. Crétin à souhait!
- Un scénario. Ou plutôt un scénario en bois. Car on s'en fout. L'intérêt des films crétins ne repose pas sur leur richesse scénaristique. On s'en tamponne. Tout est prévisible et on sait dès le
départ comment ça va finir. Et on ne se trompe pas. Là, un batteur à la ramasse remonte un groupe avec les copains de son neveu. A votre avis, vont-ils rencontrer le succès et croiser la route de
son ex groupe, qui l'a largué comme une vieille culotte avant leur apogée?
- Des situations. Bonne nouvelle, il y a en a des biens crétines. Là encore, la plupart sont provoquées par le comportement de l'acteur crétin, toujours plus ou moins bourré de tics. Pas que
bourré de tics d'ailleurs, The rocker étant un de ces merveilleux films où on fait usage d'alcool, où on vomit et où on dit quelques vulgarités. Pas trop. Pourtant, on aime bien, nous. Bref, sans
être récompensé du prix de l'humour crétin (attribué année après année et malgré lui à Klapish), The rocker remplit sa mission: il divertit et fait (parfois) bien rire.
- De la musique. Très crétine, certes, ce qui dans ce cas est loin d'être appréciable. Entre Vesuvius, le groupe heavy glam à la Van Motley Ratt, et les compositions du nouveau groupe, ouille
ouille ouille. D'un autre côté, c'est tellement énorme et raté que c'en est marrant, de même que les prestations scéniques. Enfin, la plus cocasse reste la première, le bal de fin d'année avec
soli de batteries outranciers. Sinon, baille baille.
- Une morale. Trop chrétien, pas black metal. On s'en contrefout.
Et on a publié d'abord là!
C'est la crise, les gens ont besoin de se divertir. De fait, quand certains vont applaudir un grand noir qui pousse le fauteuil d'un paraplégique, d'autres préfèrent directement se pisser dessus. Chacun ses déviances, n'est-il point? Néanmoins, nombreux seront les premiers, ces prosélytes de la pensée positive, à tenter de faire la morale aux seconds. Va voir Intouchables, tu vas rire et ça fait du bien de s'imprégner de bons sentiments, on ressort de là ragaillardi. Bien sûr. Bien sûr qu'on irait si on avait quelque chose à foutre des bons sentiments et qu'on attendait ce messie filmé pour être ragaillardi. Allez, retourne là-bas, dans ta salle pleine, et laisse-nous avec Echange standard, manant.
Après, OK, je sais ce que vous allez dire lorsque vous l'aurez vu. Ce film-là, jugerez-vous avec le portrait de Cluzet sur le sac façon Che, n'est drôle qu'à moitié (et encore, si vous le trouvez drôle à moitié, respect!). Et pour une fois, vous aurez raison. N'empêche, cette moitié-là vaut carrément des filmographies, pas vrai Klapisch?
Allez, collons-nous à la critique. En somme, si tu aimes les flims (on parle de flim à ce niveau d'humour) où on débite des insultes au kilomètre, on parle de l'homme à trois couilles, de la femme truie, de pouce dans le trou de cul, de taches de rousseurs sous les burnes et de gentil gonzo, bienvenu dans cet éden cinématographique. C'est cocasse, bienvenu et plus lourd qu'un titre de Bolt Thrower. Tu y entendras une morale édifiante ("Baise-la pour moi s'il te plait", "La violence, c'est cool. La violence résout tout") en te gorgeant de situations d'ores et déjà plus mémorables que le best-of de Scènes de ménages (madame au cabinet, l'air du dîner...).
Le truc est qu'Echange standard (The Change-Up en VO) est un film américain. Il ne peut s'empêcher malgré lui de se recentrer, après l'exposition et la folie qui s'ensuit, sur les valeurs familiales, les vertus de l'amour, le bonheur d'être en couple ou l'aventure en entreprise. Le subterfuge est que, même si le rythme de la seconde heure n'a rien à voir avec celui de la première, le flim lui-même ne retombe pas comme un soufflet. Il est moins drôle, mais se tient. Cela tient moins au recadrage obligé de l'affaire qu'au talent des acteurs. Entre le gentil couple (Jason Bateman - toujours aussi parfait - et Leslie Mann, trop bien gaulée pour ses trois gosses), le playboy qui les tombe toutes (Ryan Reynolds, qui possède il est vrai tous les arguments pour se faire) et la beauté fatale (Olivia Wilde, genre de beauté slave qui doit recevoir 350 demandes de mariage par jour, 1000 fois plus de propositions lubriques et qu'il me semble avoir déjà aperçu dans un reportage diffusé sur Porn Hub), le casting concilie tendance et talent pour un résultat clinique et dingo.
A l'arrivée, ce mélange donne du Super Grave mâtiné de romantisme estampillé Angelina Jolie 1998. Ouais, y a mieux. Il s'agit néanmoins d'une prouesse, d'autant plus respectable qu'elle est
réalisée par le gonze ayant commis Serial Noceur et s'appuie sur un scénario dont l'originalité n'est pas la qualité première (vu qu'il est dû aux sagouins ayant rédigé Very Bad Trip(pes)). Deux
amis (un marié, un tringleur) constatent, un rien bourrés, qu'il leur serait fort agréable de se retrouver dans la peau de l'autre. Fallait pas dire ça en pissant dans une fontaine magique car
leur vœu est exaucé. Ni une ni deux, leur âme change d'enveloppe. De là, des situations ouvrant au rire. Et si l'histoire comporte son lot d'incohérences (dont de biens énormes, mais passé un
seuil, on ne craint plus rien), la fiction reste bien campée durant les quelques 120 mn qu'elle dure.
Bien sûr, certains diront que c'est trop et d'autres pas assez. Il n'empêche que ce flim flirte avec les sommets, bien au-dessus des meilleurs moments de Service après-vente. Reste que la
vulgarité ayant, en cette année de grâce 2011, été particulièrement à la mode, il va falloir faire plus fort encore en 2012. Bon courage !
A lire chez ces esclavagistes de Musik Industry!
Ayant assez accroché l'oreille des internautes pour parvenir à financer, via My Major Compagny, son premier album, Meltones a réussi la prouesse de le faire produire par le très convoité Zdar. A l'arrivée, l'opus pur pop rock répond aux attentes d'une nouvelle génération d'auditeurs, son immédiateté, sa finition sonore chirurgicale et la qualité de ses compositions souffrant toutefois de quelques défauts obligés, au regard du jeune âge.
Bus Palladium
Meltones, c'est un peu le film Bus Palladium appliqué à la réalité. On se rencontre, on monte un groupe, on plait au public, on séduit les internautes et maintenant on attend la reconnaissance. On ne sait pas si des histoires d'amour déchirantes sont inclues au scénario, mais côté casting et trajectoire, tout se tient. La différence avec la production cinématographique est que si les acteurs recevaient des louanges démesurées à propos de leurs chansons singulièrement creuses, celles de Meltones sont réellement accrocheuses. Le disque, conçu comme une suite de hits, en recèlent d'ailleurs quelques-uns bien réels, dont un titre au potentiel radiophonique évident. Don't stop breathing est effectivement un tube en puissance, appuyé par pléiade de chansons séduisantes. Oscillant entre Phoenix, nouvelle référence pop incontournable, et The Strokes, pour son penchant énervé, Meltones synthétise en fait de larges influences, qu'il s'agisse aussi bien de Pony Pony Run Run, Kooks ou même U2. Du varié, du plaisant, de l'aguichant et rien de déconcertant, bref du fédérateur, terme s'avérant un parfait qualificatif à Nearly colored.
Trop lisse
Le hic tient justement à ces rapprochements. En-dehors des titres où Meltones impose sa personnalité, un (trop) grand nombre renvoie directement à ces tuteurs. S'il est certes difficile, voire impossible, d'innover en domaine musique, surtout sur un terrain aussi convenu que le pop rock, pareille filiation peut être gênante, voire même assez gonflante pour les moins candides d'entre nous. Quand au son, son parfait équilibre aurait eu le mérite d'être contrasté par davantage d'aspérités. On ne demande pas d'en revenir au quatre pistes, mais l'impression d'écouter une pièce design souvent l'emporte sur le côté viscéral de la chose… Trop lisse, ça lasse. Mais bon, que demander d'autre à l'harcelé Zdar?
La suite au prochain épisode
En conclusion, Meltones fait songer à la pierre précieuse brute qui, savamment taillée, pourra devenir diamant. Au groupe de trouver patience et instruments pour sublimer son talent plus qu'à l'ouvrier devant le révéler. Ceci dit, pour un premier essai, force est constater qu'on a vu largement pire (mais bien meilleur aussi, souvenons-nous des Wombats, par exemple). Bref, à suivre. En attendant, le film déroule sa bobine numérique…