Vendredi 13 novembre 2009
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Trois façons d’envisager le spectacle, trois manières de produire du son.
Poutre produit un spectacle toujours aussi percutant. Le trio construit des chansons dont il varie les motifs sonores tous les 8, 16 ou 32
temps. Pas le temps donc de laisser durablement s’installer un climat, même si une ambiance particulière imprègne chacune de leurs compositions. Oscillant sur le fil du rasoir entre métal et
noise, les trois arlésiens (Ouganda) ont surpris par leur ouverture pop. C’est, semble-t-il, une direction que semble emprunter le groupe, qui n’abandonne pourtant en rien son penchant clairement
bruitiste. Bref, un concert équilibré entre boucan et grâce, mais une prestation assez étrange. Habitué aux squats et aux salles sans estrade, le trio semblait un rien désorienté sur cette grande
scène, donnée dans cette grande salle, certainement construite par une mairie UMP (enfin, d’après Benjah).
10 rue d’la Madeleine suivait. La quasi dizaine de musiciens présents sur scène s’accorde autour de quelques mots d’ordre : communion, partage, émotions. Côté
communion, c’est fraternité à tous les étages, entre attitude bienveillante et paroles sociales, l’ensemble ne manquant pas d’évoquer Noir Désir (mais bon, en France, le rock français est marqué
du sceau des géants bordelais, d’où le conseil suivant : optez pour le crust). Le partage est lui musical, la formation faisant danser les mohicans ou se pliant en deux, aux moments des
passages très Rage Against The Machine / Deftones de ses chansons. Evidemment, tout cela génère son lot d’émotion. Emotions faciles diront certains, déjà vu argueront d’autres, mais toujours
est-il émotions, le public, acquis à la cause de la gloire locale (Nîmes) lui réservant un grand, franc et vrai triomphe. Convainquant donc, à défaut d’être innovant, quoiqu’un violon, l’instrument
des roumains des rues, occupe un rôle notable dans cette musique. Les amateurs de chanson française apprécieront cette remarque à sa juste mesure, les autres déploreront le choix du sex toy
d’André Rieu.
Tagada Jones se pointe enfin après trop de bières. Point notable : ils sont gras. Une remarque qui doit moins s’envisager comme perfide que purement
journalistique. Les Tagada Jones sont gras et leur son pareillement. Là encore, nous ne faisons que rapporter ce que nous avons vu et entendu. Les quatre bretons jouent donc un metal – punk très
lourd (quoique toujours moins que les exquis Disfear) lequel, en exact contraire de Poutre, suit un tracé tout prévisible. Le tout est joué face au public, de façon très appliquée, et chantée
avec cette voix haut perchée si caractéristique. L’auditoire acclame cette gloire de l’underground français, pogottant avec joie et sautant de la scène en prenant soin de s’assurer un matelas de
mains. En reprise, le quatuor se souvient qu’il est dans le sud. Il expédie J’aime jouer avec le feu, des Sheriffs. Surnommés les Ramones français (il y a des Ramones slovènes et même des Ramones
angolais), cette version hommage cause aux connaisseurs une certaine stupeur. La reprise d’OTH, véritable étalon du punk-rock français vintage, est encore plus troublante. Une sorte de megamix
conclue le tout.
C’est fini. Nicla Carotte, maître d’el coche, Benjah et moi-même repartons vers notre Floride natale.